Les longs-métrages > A Fleur d’eau (Frauensee)

  • Réalisé par : Zoltan Paul
  • Allemagne / 2012 / Fiction / Allemand sous-titré français / 86 min
  • Cinéma Le France, Séance du Dimanche 1er décembre 2013, 15h00

Synopsis : Un week-end, vers la fin de l’été…  Rosa est gardienne des lacs et des cours d’eau. En charge de la protection de l’environnement, elle tente de préserver ce coin de paradis contre les pêcheurs et les touristes. Sa petite amie, Kirsten, est une architecte de renom et vit dans une jolie maison au bord du lac. Rosa aimerait que leur relation évolue mais Kirsten semble réticente. L’équilibre du couple va être bouleversé par l’arrivée d’Olivia et Evi, deux belles étudiantes venues camper pour le week-end. L’intense attraction sexuelle naissante entre les quatre femmes va les obliger à réévaluer leurs désirs, leurs rêves et leurs visions du monde.

> La fiche complète du film au format PDF

La biographie de Zoltan Paul

 Zoltan Paul (Zoltan Pal Pajzs Baron Rácalmás), né à Budapest en 1953, émigré en 1965 avec sa famille en Autriche. De 1970 à 1973, il était guitariste et chanteur du groupe de rock «Dust». En 1976, il a fréquenté l’école à Vienne et a travaillé au Vienna Action Hermann Nitsch au célèbre / infâme « Orgies Mysteries Theatre ». A partir de 1978, Paul a travaillé comme acteur de théâtre (depuis 1990 également en tant que directeur) et a travaillé dans divers théâtres en Autriche et en Allemagne. Parfois, il est aussi apparu dans des productions télévisées comme les Lemmings (Michael Haneke), Befristeter Aufenthalt (1987) ou une série policière tels que Solo für Sudman (1997).

Zoltan fait ses débuts en tant que metteur en scène en 2003 avec le drame psychologique Gone: Der Film sur un couple d’éditeurs mariés qui est confronté à un mystérieux auteur d’un manuscrit qui semble raconter en détail un chapitre de son propre mariage refoulé. Il a été invité à être en compétition au Festival du Film d’Argentine Mar del Plata. D’une tonalité totalement différente, son deuxième film Unter Strom (2009), est une comédie survoltée qui rassemble une variété de personnages bizarres dans une chic maison de campagne.

FRAUENSEE : L’amour à quatre… fugues.com
Julie Vaillancourt [20-10-2012]

 Lorsque les deux femmes accueillent, dans la maison près du lac, Evi et Olivia, deux jeunes étudiantes de passage dans la région, les deux couples traverseront de nombreuses passions et remises en question… Ce qui fait à priori penser à un Dawson’s Creek lesbien, de par le fait que Rosa accède à sa flamme par le biais du lac, transcende la thématique des amours de jeunesse pour aborder le couple et les divers questionnements qui en découlent. Longévité? Adultère? Amitié? Couple ouvert? Avec ou sans attaches? Tant de questions abordées implicitement par cette histoire de Zoltan Paul, qui ne porte pas de jugement, mais qui se laisse plutôt bercer par le rythme des vagues. Rarement avons-nous l’occasion de voir une histoire aussi simple, sincère, à la fois douce et amère, sur le couple lesbien contemporain.

Le réalisateur hongrois Zoltan Paul dilue parfois la tension dramatique qu’il réussit méticuleusement à créer en s’égarant dans des histoires parallèles et des métaphores visuelles un peu longuettes. Malgré tout, Women’s Lake vaut le détour, fort de la trame sonore sensuelle et subtile de Julian Adam Pajzs et des images lyriques de Fabian Spuck. Hämer et Rosetz rendent éloquemment les dilemmes d’une relation autrefois passionnée devenue tiède, tandis que Drager et Wächter jouent leur rôle avec retenue et justesse.

 A fleur d’eau / Frauensee (Zoltan Paul, 2012) : amours troubles

GASPARD GRANAUD 7 JANVIER 2013

 Une petite bourgade allemande. Rosa, femme un tantinet rustre, travaille comme gardienne des lacs et des cours d’eau alentours. Très dévouée à sa mission de protection de l’environnement, elle se met constamment à dos les pêcheurs du coin qui de leur côté ne s’arrêtent plus de lui chercher des noises. Ses journées austères contrastent avec les précieux moments durant lesquels elle retrouve sa petite amie Kirsten, architecte blonde. Mais leur couple est fragile : Kirsten ne lui dit jamais qu’elle l’aime et n’a jamais vraiment montré le moindre signe d’engagement. Le plaisir charnel est souvent au rendez-vous mais leur quotidien s’apparente à un permanent dialogue de sourds. Un jour, Rosa croise le chemin de deux jeunes étudiantes, Olivia et Evi, venues camper pour leurs vacances. D’abord sévère, gueulant après elles après les avoir surprises en train de faire un feu dans une zone interdite, Rosa baisse la garde et passe la soirée en leur compagnie. Elles boivent et fument un joint. L’une des deux amies finit par embrasser Rosa qui, troublée, part précipitamment. Le jour suivant, Kirsten, curieuse, invite les deux étudiantes à passer le week end chez elle. Face à Olivia et Evi, ensemble depuis 4 ans et vivant plus ou moins sereinement le caractère ouvert et libre de leur relation, Rosa et Kirsten vont être amenées à interroger le lien qui les unit et réfléchir à ce qu’elles désirent réellement.

Paysage grisâtre pour quotidien réglé et pas forcément passionnant : nous entrons dans le film par le personnage de Rosa, femme refermée sur elle-même, un peu bougonne, peu causante. Nous découvrons rapidement que derrière sa carapace se cache un grand coeur qui a besoin d’amour et d’attention, choses que ne lui apporte que partiellement sa compagne Kirsten, souvent trop légère et accaparée par son travail. Leurs différences (Rosa est introvertie, simple ; Kirsten est extravertie et sophistiquée) les ont sans doute au départ réunies mais commencent à être une source de disputes, de doutes. La communication n’est pas au beau fixe. Quand l’une des deux étudiantes se met à courir après Rosa, la situation la trouble plus qu’elle ne le devrait. Ce qui ne pourrait être qu’un jeu se transforme petit à petit en quelque chose de bien plus complexe. Rosa retrouve son sourire gêné, l’envie de s’abandonner. Elle pose dans le même temps un ultimatum à Kirsten : soit elle s’engage vraiment avec elle, soit elles arrêtent de se voir.

Le film tisse avec beaucoup de délicatesse deux portraits de femmes qui se ressemblent sans forcément le savoir. C’est que Kirsten, d’un naturel jovial, cache des fêlures familiales qui la rendent réservée sur ses sentiments. Si elle ne parvient pas à dire à Rosa qu’elle l’aime, cela relève plus d’un blocage tout personnel que d’un manque d’affect. Rosa parviendra-t-elle à le comprendre et s’en accoutumer avant que tout n’éclate en morceaux ? Pas si sûr…

La nature a un rôle important dans le film. Et cela n’est pas innocent tant la nature de chaque protagoniste est ici remise en question. Peut-on aimer sans s’engager ? Être en couple et garder sa liberté, ses différences ? Tout le film durant, on se demande si les 4 femmes vont finir par se mélanger les unes aux autres. Elles s’influencent, se tournent autour, se troublent, mais le réalisateur Zoltan Paul préfère effleurer que passer à l’acte, expliciter.

Doté d’une mise en scène sobre, l’ensemble tire son charme de décors naturels tour à tour austères ou enchanteurs. C’est un film de personnages, sans grande prétention, qui avance par petites touches et qui restitue bien la difficulté à entretenir une relation tout en ne se perdant pas soi-même.


Laisser un commentaire