Les longs-métrages > Aime et fais ce que tu veux (In the name of – W imie…)

  • Réalisé par : Malgoska Szumowska
  • Pologne / Fiction / Polonais sous titré français / 101min
  • Séance de clôture Dimanche 1er décembre 2013 18h00 Cinéma Le France

 AVANT PREMIÈRE

Synopsis : Adam est un prêtre nouvellement arrivé dans une petite communauté rurale de Pologne, et qui travaille à la réinsertion de jeunes adultes en difficulté. Cet homme simple et engagé suscite immédiatement le respect de ses congénères. Mais derrière la façade irréprochable, Adam cache des sentiments qu’il réprime depuis toujours. Cependant, lorsque Lukasz, un garçon taciturne et mystérieux laisse exprimer sa sensualité, il est difficile pour les deux hommes de résister à la tentation. La vocation d’Adam va alors devenir son propre chemin de croix.

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La biographie de Malgoska Szumowska

Née le 26 mars 1973 à Cracovie, Malgorzata Szumowska est une réalisatrice polonaise est diplômée de l’École de Cinéma de Lodz ; elle a également étudié l’Histoire de l’Art. Son premier court-métrage Le Silence a obtenu de nombreux prix dans les festivals internationaux. Ascension, son deuxième court métrage, a été sélectionné à la Cinéfondation au Festival de Cannes en 1999.

Elle est également l’auteur et le producteur de plusieurs documentaires. À 25 ans, elle réalise son premier long-métrage Happy Man qui est récompensé par le Prix Spécial au Festival de Thessalonique et nommé pour la meilleure réalisation au Festival de Sundance. Malgorzata Szumowska a alors été désignée par Variety comme l’une des 10 meilleures jeunes réalisatrices européennes. Son second long-métrage, Ono (2004), est également sélectionné au Festival de Sundance ainsi qu’au Panorama de Berlin. En 2005, elle entame sa collaboration avec Zentropa en tant que réalisatrice et productrice de segment Crossroad de la série Visions d’Europe.

En 2008 son 3ème long-métrage 33 Scenes from life reçoit le Léopard d’Argent au Festival de Locarno. Il est également nommé Meilleur Film par l’Académie du Film Polonais. En 2009, le scénario de Elles, son quatrième long-métrage, est présenté à l’Atelier du Festival de Cannes.

CINEUROPA.ORG
BERLINALE 2013 Compétition/Pologne
In The Name Of : la porte étroite de Szumowska
par BENEDICTE PROT 10/02/2013

Portrait sensible et puissant d’un représentant de l’amour de Dieu qui se débat contre son besoin de lui-même se sentir aiméOn pourrait décrire In The Name Of de la Polonaise Malgoska Szumowska comme un film qui s’en prend sans ambages au tabou de l’homosexualité au sein de l’Église. Nul doute que c’est l’argument que beaucoup en retiendront, et il correspond en effet à l’intention de la réalisatrice, à en croire l’épilogue qu’elle a choisi de donner au récit. Pourtant, ce film qui dépeint les tourments d’un prêtre de province dévoué à sa foi et aux jeunes délinquants dont il s’occupe, mais aussi en proie à des sentiments confus qu’il essaie de réprimer ; ce film a bien plus à offrir qu’un simple parfum de scandale.

On pourrait par exemple le voir comme un portrait contemporain d’une petite communauté provinciale polonaise. Dans le « trou paumé » où se déroule l’action, les habitants n’ont que l’alcool et les écarts de conduite pour anesthésier l’ennui et la religion et le travail manuel pour redresser ces torts irrépressibles. La scène d’ouverture est révélatrice : on y voit à quels jeux de garçons bêtes et méchants les jeunes ouailles du Père Adam passent le plus clair de leur temps. C’est l’été, et à les voir toujours à moitié nus se comporter comme des singes (ce que le prêtre et son pupille préféré rejouent sur le mode poétique dans une scène drôle et tendre où ils glapissent comme deux gorilles dans la brume dans un champ de maïs), on est frappé par la primitivité de leur existence. La religion fait ainsi office de bouée pour raccrocher ce petit échantillon d’humanité à un semblant de civilité et de respect, et Adam y ajoute la douceur et la compréhension d’un guide qui ne juge pas.

L’aspect le plus intéressant du film, et le plus touchant, est bel et bien ce personnage aux yeux limpides comme l’azur et aux expressions d’une bonté ineffable qu’incarne Andrzej Chyra, et la pureté qui se dégage de sa manière d’évoluer parmi les

jeunes gens n’est pas contredite, au contraire, par sa lutte acharnée de tous les jours (et de toutes ses nuits sans sommeil) contre ses désirs d’homme et ce quels qu’ils soient : on n’en découvre d’ailleurs pas immédiatement la nature, et il s’interdit aussi cigarettes et alcool. Quand le thème de l’homosexualité se présente, il ne fait que rendre le combat quotidien d’Adam plus bouleversant, car on en imagine mieux les affres, et l’opprobre supplémentaire qu’il encourt. S’il amuse ses protégés quand il leur recommande de courir une heure par jour pour chasser les tentations, on est forcément touché par la manière dont il s’applique à lui-même cette discipline qui fait figure de passion au sens biblique du terme.

Les liens particuliers qu’il noue avec certains de ses pensionnaires au fil de cet été torride scandé par les séances de plongeons dans l’eau du lac (ici l’eau confère une innocence au « péché » plus qu’elle ne le lave) rendent son dialogue avec la foi de plus en plus difficile et déchirant, à l’image de cette nuit désespérée où il se saoule et danse avec un portrait de Karol Wojtyła (Jean-Paul II). Ce qui se joue cette nuit-là, c’est le vrai cœur du conflit, qui n’est pas tout à fait une question de sexualité mais quelque chose de plus sensible. Au moment où tout implose, et où il fait à sa sœur une confession complète, la dernière question qui lui vient est  la suivante : « Et toi ? Est-ce que tu as quelqu’un à prendre dans tes bras ? ».

Par Olivier Bachelard

Février 2013

Présenté en compétition au Festival de Berlin 2013, ce film polonais en est reparti avec le Teddy award du meilleur film de fiction abordant des thématiques « gay ». Le film traite en effet de l’homosexualité au sein de l’Eglise, offrant la peinture du portrait d’un prêtre conscient de sa propre nature, mais qui serait prêt à tout pour éloigner la tentation et tous ses vecteurs. Il rejoint aussi les thématiques de « La Chasse » de Thomas Vinterberg, à la fois partiellement sur la question de la pédophilie, mais surtout du côté du harcèlement de toute une communauté envers un homme, sur la base de soupçons plus que de faits.

Bourré de bonnes intentions, le scénario tente malheureusement de ménager la chèvre et le choux, condamnant à la fois l’Eglise pour son laxisme (il vaut mieux masquer et muter, que d’avouer), mais ne questionnant finalement jamais la foi de son personnage principal, ni surtout son engagement dans l’institution qu’elle représente, qui pourrait bien n’être motivé que par la fuite. Malgré les suspicions qui pèsent sur lui, ce prêtre devient vite un personnage attachant, et ses rares doutes finissent par toucher, amplifiant le drame qui couvait déjà.

Pris entre deux feux, c’est à dire les avances feutrées d’une belle femme rendue alcoolique de par l’isolement des lieux, et son évident trouble face à son protégé, ce personnage s’avère plus complexe que prévu. Il pose une nouvelle fois la question du rapport entre homosexualité et vocation (quelle qu’elle soit), et montre les dégâts du renoncement. Mais au fil du métrage, le récit s’enfonce progressivement dans le grotesque, entre scène romantique dans la voiture avec fond de guitare approprié, confessions trop faciles, danse transie avec le portrait du pape en main, et final certes romantique, mais peu crédible.

Si l’on notera un certain don de la réalisatrice pour capturer l’insouciance de jeunes adolescents, au cœur d’un été lumineux, et pour ménager un certain suspense concernant les tentations qui submergent ce prêtre, « In the name of… » semble être une œuvre d’un autre temps. En effet, les tourments de ce personnage, certes venu d’un pays où la religion a toujours un poids prépondérant, et surtout l’issue inéluctable qu’il choisit, ne sont pas sans rappeler quelques films d’Europe de l’Ouest datant de dix voire quinze ans (« Maurice », « My Own private Idaho »…). Un sujet qui aurait donc mérité un peu plus de subtilité dans son traitement, pour un film qui rappelle toutefois cruellement que si dans certains

pays, être homosexuel n’est plus forcément une malédiction, ce n’est toujours pas le cas partout…

Par Olivia Leboyer
8 février 2013
IN THE NAME OF : UN PRÊTRE HOMOSEXUEL PERDU DANS LA CAMPAGNE POLONAISE

Après le film féministe Elles, la réalisatrice Malgolska Szumowska est en compétition à Berlin avec le portrait d’un prêtre polonais, sincèrement religieux, mais rongé par des désirs homosexuels refoulés. Un petit charme pour beaucoup de clichés.

Adam exerce la prêtrise dans un camp de jeunes, au fin fond de la campagne polonaise. Dans ce petit microcosme, ces adolescents plutôt rustauds bouillonnent de vitalité contenue. Jeux de mains, blagues sans finesse, prières rituelles sont leur quotidien. Lorsque Adam les regarde, il ne peut s’empêcher de ressentir des pulsions que, depuis toujours, il refoule. Pour oublier, il court dans les bois, discipline hygiénique aussi ritualisée que les prières. Un beau jour, un beau jeune homme, à l’allure christique, Lukasz, fait son apparition. Pour Adam, il ne s’agit plus seulement de désirs, mais d’amour…

Andrzej Chyra incarne avec beaucoup de naturel cet homme empêché, troublé, malheureux. Son regard bleu clair où perce une joie de vivre qu’il ne s’autorise pas, ses mots simples et touchants, sa gentillesse, le rendent immédiatement touchant. Mais le film abonde en scènes explicites, appuyées : la symbolique omniprésente de la nature, la douce lumière qui nimbe le jeune éphèbe, son frère attardé mental, la présence d’une Madame Bovary entichée d’Adam, d’un jeune gay baraqué et blond platine, autant de personnages stéréotypés et de séquences élégiaques étirées qui nuisent à l’émotion. Trop de symboles, trop de lourdeurs stylistiques nous éloignent peu à peu des tourments d’Adam. Le contraste entre la tradition et la modernité est, lui aussi, surligné à l’excès : ainsi, une séquence onirique de procession religieuse, rythmée par un tube rock. Si les jeunes du centre portent des T-shirts rock à message, les mentalités sont encore fermement surveillées, bridées. Mais les intentions de la réalisatrice sont tellement visibles que le film peine à nous toucher. In the name of : au nom du Père, du Fils, de Dieu, de l’amour… Au nom d’Adam (le choix du prénom n’est pas non plus innocent…), qui cherche à retrouver son identité.

Par instants, lors de quelques scènes toutes simples, on entrevoit ce que le film, allégé, aurait pu être. Sur un sujet assez proche (la religion qui contrarie les désirs), le roumain Cristian Mungiu nous avait offert avec Au-delà des collines, un film nettement plus abouti et bouleversant. Mais ici, l’objet demeure différent : le film ne se place pas dans la dénonciation d’une religion oppressive et arriérée. Adam n’est pas persécuté violemment, mais seulement transféré, en douceur, d’un centre à l’autre. Au fil de cette lente dégradation, il perd chaque fois un peu plus de lui-même. C’est le portrait de cet homme en lutte avec ses désirs et ses choix que nous suivons, avec une certaine distance.


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