Les longs-métrages > Alata (Out in the Dark)

  • Réalisé par : Michael Mayer
  • Etats-Unis, Israël, Palestine / 2012 / fiction / Hébreu, Arabe, sous titré français / 96 min
  • Cinéma Le France, Séance du dimanche 1er décembre, 18h15

Synopsis : Nimer, un étudiant palestinien réfugié clandestinement à Tel Aviv, rêve d’une vie meilleure à l’étranger. Une nuit, il rencontre Roy, un jeune avocat israélien. Ils s’éprennent l’un de l’autre. Au fil de leur relation, Nimer est confronté aux réalités cruelles de la communauté palestinienne – qui rejette son identité – et de la société israélienne – qui ne reconnaît pas sa nationalité. Sur fond de lutte familiale, politique et sociale, Nimer fait face à un choix limité et douloureux, l’amour ou la liberté.

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Michael Mayer :

Michael Mayer naît à Haifa, en Israël. Jeune homme, il déménage en Californie afin d’étudier le cinéma à l’université. Il démarre sa carrière en tant que réalisateur de bandes-annonces : « X-MEN »(2000), « Little Miss Sunshine » (2006)… Partageant son temps entre ses activités de producteur et de réalisateur, il rencontre un succès international avec le court-métrage « Fireworks » (2010). Récompensé dans de nombreux festivals à travers le monde (Toronto, Chicago, Haïfa, Thessalonique, Hambourg, Rio…), sorti au cinéma en Europe et en Israël, « Alata » est son premier long-métrage.

 Nicholas Jacob :

Né en 1989 à Haifa en Israël d’une mère italienne et d’un père arabo-israélien, Nicholas a passé son enfance à Nashville aux Etats-Unis où sa famille s’est installé après que le père y est trouvé un emploi. C’est là que Nicholas découvrit l’amour de la musique et, peu après être revenu en Israël en 1997, il a rejoint le groupe Israeli National Youth Band. Il a ensuite monté son propre groupe. Auteur et chanteur, Nicholas a su également jouer du saxophone et du piano lors de tournées locales du groupe. Parlant couramment l’Italien, l’Arabe, l’Anglais et l’Hébreu, il n’est pas étonnant qu’il ait une autre passion pour les voyages. Pendant ses années lycées, un programme destiné à rapprocher les jeunesses arabe et israélienne lui a permit d’escalader les Appalaches et de traverser les Alpes italiennes en meneur de groupe. C’est sans aucune expérience d’acteur que Nicholas s’est présenté en 2011 au casting d’Alata pour le rôle de Nimer. Plus tard cette année-là, il a également interprété le rôle d’un jeune soldat israélien attiré par une femme mûre dans « Once there was a girl » aux côtés de Liat Glick. Ce film écrit et réalisé par Natalie Kaplan devrait sortir cette année. Nicholas a  récemment hérité du premier rôle de « Three Sister », premier film en tant que metteur en scène de l’auteur Suha Arraf.

Michael Aloni :

Né en 1984 à Tel Aviv, Michael Aloni est un comédien de théâtre et de cinéma confirmé, ainsi qu’un animateur télé. Il a tourné très jeune pour des pub et des courts métrages et finalement obtenu son premier grand rôle dans la série pour ado « The Eight » entre 2005 et 2007. Le succès de la série ajouté à la présentation d’émissions sur une chaîne de télé pour enfants en ont fait une véritable icône des jeunes en Israël. Michael a surfé sur la vague de la série « The Eight » en jouant dans de nombreux autres rôles pour la télévision, comme dans « HaAlufa » (2006), « Tiptoes » (2008-2010), « Deus » (2009) et la sitcom « The Foxes » en 2010. Durant ces années télé, il a également joué dans Ingele, production théâtrale aux multiples récompenses et dans le film « Out of sight ». Il a été nommé en 2011 comme meilleur acteur par les oscars israéliens pour son interprétation d’un commandant dans « Infiltration » de Dover Kosashvilli, film basé sur le livre de Joshua Kenes. Cette même année, il est à l’affiche du film « Le Policier », prix spécial du jury international au festival de Locarno, fait partie du casting de la série télé « Yonni and the Gifted » et présente la version israélienne de The Voice.

 

Loai Nofi :

Né à Nazareth, Loai Noufi est l’un des comédiens israéliens les plus populaires. Il démarre sa carrière à la télévision, au théâtre et au cinéma à l’âge de six ans. Après des études d’Art dramatique, il enchaîne les rôles. On le voit notamment dans « Les Citronniers » (2008) de Eran Riklis, prix du public au Festival de Berlin, « Une Bouteille à la mer » (2011) de Thierry Binisti et la série « Homeland » (2012) diffusée sur Canal +.

Jamil Khoury : Issu d’une famille d’acteur (son père a notamment joué dans le « Munich » de Spielberg), Jamil se tourne tour naturellement vers la comédie. Depuis son diplôme à la Beit Zvi School of Performing Arts de tel Aviv en 2003, on a pu le voir dirigé par de grands metteurs en scène comme Ridley Scott (« Mensonges d’état » en 2008), Eran Riklis (« Les Citronniers » en 2008) ou Julian Schnabel (« Miral » en 2010). Jamil apparaît également dans la série « The Office » et dans « Héritage » de Hiam Abbass en 2012.

Note d’intention de Michael Mayer :

 La Genèse :

Il y a quelques années, l’un de mes amis, engagé auprès du Centre LGBT de Tel Aviv, m’a raconté le soutien offert aux homosexuel(le)s Palestinien(ne)s en Israël. L’idée d’une entraide israélo-palestinienne, sans orientation politique, basée sur une expérience commune du rejet, m’a intrigué et vraiment ému.

La controverse :

Il aurait été absurde de vouloir réaliser un film exempt de toute considération politique, en traitant de ce sujet. Alors oui, Alata peut sans doute, à bien des égards, susciter des controverses. Cependant, il était très important pour moi de ne pas en faire un « film politique » – qui aurait revendiqué, contesté, dénoncé… – mais un drame humaniste, une histoire d’amour, de famille, de loyauté, dans un contexte socio-politique existant et très fort. Mon coproducteur Lihu Roter et moi-même tenions également à ce que le casting et l’équipe technique rassemblent des Israéliens et des Palestiniens – ce qui n’est pas très courant dans les productions israéliennes. Nous avions le sentiment que cette mixité était capitale pour le film, mais aussi pour nous tous, pour notre expérience de travail dans cette région qui est la nôtre. En tant que réalisateur, mon ambition première est double : interpeller les consciences et séduire, émouvoir le public. De fait, j’espère que les spectateurs quittent la salle avec l’envie d’en savoir davantage sur la complexité des conflits que soulève Alata.

La lumière :

« Alata » signifie « obscurité » en hébreu, une obscurité particulière, profonde, oppressante et ténébreuse. Aussi les personnages évoluent-ils dans un monde fait d’ombres et de secrets. Avec mon chef opérateur, nous avons œuvré à traduire cela visuellement. La lumière du film provient ainsi exclusivement de sources naturelles et contribue à l’esthétique réaliste d’Alata. En outre, nous avons opté pour une image à la fois fluide et très proche des acteurs, de manière à exacerber le sentiment de claustration et conserver une géographie vague. Mon désir ultime était de placer au premier plan la relation de Nimer avec Roy et avec sa famille et de l’offrir, brute, au spectateur. Je ne voulais pas qu’il puisse se sentir témoin lointain, étudiant ou même jugeant les personnages ; je voulais l’immerger dans le drame et l’histoire d’amour. Et lui soumettre ce dilemme : à quels sacrifices peut-on se résoudre afin de réaliser cet amour ?

Le tragique destin des homos palestiniens

par Mathieu Payan

Alors que le magazine en ligne de « Têtu » portait à notre connaissance l’appel au secours d’un jeune palestinien homosexuel qui cherchait à pouvoir intégrer Israël, on découvrait la difficile condition des gays palestiniens persécutés par les leurs dans leur propre pays, leur propre quartier, leur propre foyer… Michael Mayer en a fait un film engagé qui traite de front ce sujet qui touche aujourd’hui encore des jeunes privés de liberté, condamnés au silence et qui risquent leur vie si leur homosexualité est découverte.
« Alata » est un film dur et noir, et comme en écho à cette morosité, le métrage se passe souvent de nuit, une nuit anxiogène où on se cache… doublement. De sa famille pour ne pas éveiller de soupçons sur son orientation sexuelle, et de la police israélienne quand on a fui le territoire palestinien pour trouver refuge à Tel-Aviv, considérée comme la Mecque des homosexuels palestiniens.
C’est là que Nimer, le Palestinien, rencontrera Roy, l’Israélien. Le coup de foudre pour les deux jeunes hommes en quête d’amour. Leur relation deviendra de plus en plus sérieuse quand Nimer obtiendra une carte de séjour temporaire pour faire ses études en Israël. Mais cette terre plus accueillante est-elle une terre d’asile pour autant ? Négatif répond Mayer, les homos palestiniens y sont traqués et ne peuvent obtenir de droit de séjour légal. Reste une seule solution pour cette communauté sans racines : l’exil vers l’étranger…
Michael Mayer tient en haleine le spectateur avec son premier film accusateur qui rappelle qu’il y a un autre combat derrière le conflit israélo-palestinien qui accapare tous les médias : celui des homosexuels palestiniens, victimes de l’homophobie violente sur leurs terres et oubliés par les autorités israéliennes qui se disent pourtant une nation éclairée… À méditer…

par Christophe Carrière

Le mot hébreu Alata signifie « obscurité ». De fait, c’est au cours de la nuit, dans un bar gay, que se rencontrent Nimer et Roy. Le premier, étudiant en psychologie, vient de Ramallah, en Palestine. Le second, jeune avocat, est de Tel-Aviv, en Israël. Entre eux, c’est le coup de foudre. Facile à assumer pour Roy, dont les parents sont tolérants. Très inconfortable pour Nimer, dont le frère est un activiste vouant une haine farouche aux juifs – et aux homosexuels. L’histoire vire donc rapidement à la tragédie shakespearienne, sous un regard moderne. Ne s’embarrassant d’aucun tabou, Michael Mayer filme les scènes d’amour, de violence et de suspense d’une main de jeune maître, dans une lumière au naturel savamment travaillé. Et s’il cède à quelques clichés du côté des personnages secondaires, il évite le discours politiquement correct attendu. Ses héros, happés et broyés par le conflit israélo-palestinien, vivent avant tout un drame humain. Et c’est prenant.

par Daniel Rezzo

« Alata » est le premier long-métrage de Michaël Mayer. Le film s’inscrit dans la longue tradition des amours contrariées, des mélodrames populaires. Les recettes sont ancestrales mais le vernis se veut résolument contemporain. L’amour naissant entre un étudiant palestinien et un jeune avocat israélien ne pourra que rencontrer l’incompréhension et l’hostilité des familles et des clans respectifs. Mais le public occidental y trouvera sûrement son compte.
Dans ce Roméo et Julien proche-oriental, deux mondes s’opposent. Dans le rôle de la Maison Capulet, il y a Nimer (Nicholas Jacob), un étudiant qu’on nous décrit comme sympathique, souriant, empathique et brillant dans son jeune métier de psychologue. Sa famille habite à Ramala. Dès qu’il le peut, il lui fausse compagnie pour rejoindre un bar gay à Tel Aviv. Son frère Nabil (Jamil Khoury) n’a pas ce type de préoccupations. Il stocke des armes dans la cave familiale et n’hésite pas à balancer l’une ou l’autre roquette sur ses voisins israéliens. Le père est décédé et Nabil, machiste et traditionaliste, tente de reprendre la direction de la famille.
Lors d’une ses escapades nocturnes, le gentil Nimer croise Roy (Michael Aloni), beau gosse aux qualités multiples, représentant moderne de la Maison Montaigu. A son passif, on ne retiendra qu’une calvitie naissante. C’est peu de choses pour ce fils de bonne famille, compétent, loyal, honnête et bâti comme un dieu grec. Leur rencontre est l’occasion d’un coup de foudre. Lorsque Nimer bénéficie d’un laissez-passer pour suivre des cours à la fac de Tel Aviv, leur idylle s’affirme. Roy présente Nimer à ses parents. Nimer, lui, cache son homosexualité, et a fortiori Roy, à sa famille. Nabil le prendrait mal… Mais le secret est éventé. Les tensions s’exacerbent. On le confirme : Nabil le prend mal, très mal…
Michaël Mayer fait preuve d’un talent certain à l’occasion de son premier long. Distingué par un court, « Fireworks », Mayer est né à Haïfa mais a déménagé en Californie afin d’y étudier le cinéma. Si l’on s’en tient aux canons du mélodrame, on ne pourrait reprocher au jeune réalisateur d’élaborer des personnages quelque peu schématiques et monolithiques. Nimer et Roy ont ainsi droit à une scène caricaturale (pour l’un à l’hôpital, pour l’autre à son cabinet), sensée nous confirmer qu’ils font bien leur boulot. Cette précipitation dans la définition des personnages et des enjeux dramatiques (je vous épargne la fofolle qui, en sidekick efficace, dit tout haut ce que nos tourtereaux pensent très fort mais disent tout bas) permet de recentrer le propos de Mayer sur les mésaventures que provoque cette relation.
C’est donc dans la deuxième partie que la maestria du réalisateur s’affirme. Filmée en lumière naturelle, jouant sur les ombres et l’obscurité (Alata signifie obscurité en hébreu), au plus proche des deux acteurs, l’histoire s’emballe au gré des réactions des deux mondes que tout oppose. C’est dans l’éclairage des relations (Nimer et son frère, Roy et son père…) que le spectateur est touché, comme si à partir de personnages simplistes, se construisent des relations complexes. Il y a du Cassavetes dans ce cinéma qui explosent les systèmes. Système palestinien, opprimé et violent, et système israélien oppressif et intellectualisant. Quand ils se mêlent, au travers de la relation métaphorique de Nimer et Roy, on quitte le dualisme didactique et superficiel et on découvre la complexité de la psychologie humaine.
On pénètre également dans la psyché de Nimer qui hésite un temps entre son amour pour Roy et son désir d’ailleurs. Les motivations conscientes et inconscientes se bousculent et se superposent. Mayer nous fait participer allègrement aux réflexions de son personnage, nous amenant à imaginer des solutions en compagnie de Roy. Le réalisme de la mise en scène accentue le caractère universel des questions posées. Et c’est là, dans la dramatisation des enjeux, dans les scènes d’action (parfaitement travaillées), lorsque les regards se croisent, lorsque les paroles fusent qu’on perçoit le talent de Mayer.
Contraint d’avoir choisi le mélodrame le plus ancestral, Alata s’emprisonne dans une narration prévisible. Mais les qualités du film s’affirment dans les dialogues intelligents et dans la rencontre entre les personnages. Si Mayer s’affranchit de ces codes lors de son prochain effort, on ressentira la satisfaction d’assister à la naissance d’un auteur émouvant, sensitif et puissamment esthétique.

par Ferhat Abbas

Le confit israélo-palestinien peut-il encore inspirer durablement au cinéma les romances homosexuelles les plus contrariées ? Pour son premier long-métrage Michael Mayer choisit de s’attaquer à un sujet délicat ; la passion déchirante entre un étudiant palestinien et un jeune avocat israélien, dans un contexte socio-politique placé sous tensions. Une prise de risque qui s’avère plus stérile que prévu.
Étudiant promis à un brillant avenir, au sein d’une famille lui portant une admiration sans faille, Nimer rencontre Roy dans un bar de Tel-Aviv. Entre les deux hommes, c’est le coup de foudre réciproque. Seulement, dans une famille palestinienne qui ignore tout de son homosexualité, Nimer devra faire des choix qui vont largement compromettre les destins tracés des deux jeunes hommes.
Si l’évocation de l’homosexualité en plein conflit au Moyen-Orient reste un sujet inédit au cinéma, il n’en demeure pas moins généralement associé au nom d’Eytan Fox, passé maître dans l’art de mêler l’interdit amoureux et la complexité des relations israélo-palestiniennes. Que ce soit à travers la romance entre Yossi et Jagger, deux officiers de l’armée israélienne, la « bulle » pacifiste façonnée par les protagonistes de « The Bubble », ou plus récemment le réveil d’un « Yossi » léthargique, l’homosexualité et le conflit israélo-palestinien n’ont cessé d’irriguer l’inventivité narrative de ce cinéaste. Difficile donc, au regard de ces connivences thématiques, de ne pas envisager dans un premier temps cette réalisation par le prisme d’une influence délibérée.
Cependant, l’élément de différenciation se donne ici à voir dans la manière dont Michael Mayer choisit de confronter la crainte du coming-out en terrain hostile avec l’explicitation de tensions politiques qui alourdissent le bon fonctionnement de l’administration israélienne. Face à une famille palestinienne piégée par les traditions (la mère est obnubilée par la réputation sociale, le grand frère macho participe à des activités armées douteuses), le secret de Nimer l’oblige en effet à appréhender la réalité d’un pays aux allures de carte postale, mais qui peine à reconnaître sa propre nationalité. Qu’il soit intérieur, familial, social ou politique, le conflit transforme progressivement son parcours en une trajectoire sinueuse, dont la protéiformité est censée dédoubler l’intensité dramatique du film. Pourtant, si l’interdit amoureux possède ici des airs de tragédie, c’est moins dans l’intensité des obstacles qu’il entraîne (fatalement) que dans l’artificialité de son traitement dramaturgique.
(…) En résulte une première œuvre davantage engagée sur la forme que sur le fond, comme en témoigne l’efficacité d’une caméra sans cesse en mouvement, soucieuse de matérialiser l’omniprésence du danger et d’instaurer un rythme haletant par la fugacité des plans.

La pénombre, le soir, des nuits d’encre… Michael Mayer aime ces moments d’obscurité (Alata, en hébreu) qu’il filme avec une acuité particulière : la tension que sous-tend cette lumière indistincte est palpable à tous les instants d’une aventure peu commune. Au cœur du conflit israëlo-palestinien, deux jeunes gens s’aiment, envers et malgré tout. Roy, avocat, célibataire, affronte l’incompréhension de sa famille, devant l’arrivée d’un nouveau fiancé, Nimer, un palestinien qui a caché à son entourage son homosexualité. Il vient de recevoir un laissez-passer afin de poursuivre ses études à Tel-Aviv, ce qui aux yeux de sa communauté apparaît plus que suspect. Son frère aîné est entièrement engagé dans la lutte contre Israël.

Tiraillé entre ses origines et le désir de vivre pleinement , le jeune homme compose avec une situation qu’il ne peut absolument pas maîtriser. L’un de ses plus proches amis, prostitué dans la « ville ennemie » vient d’être arrêté par des résistants palestiniens… La police secrète, les intimidations, la pression sociale, tout un engrenage constitue maintenant son quotidien que le cinéaste appréhende un peu de la même manière : il ne juge surtout pas, mais ne semble pas être en mesure d’y apporter une quelconque réponse. C’est pourquoi sa mise en scène est très attentive, et ne dévie jamais d’un récit qui se veut avant tout proche de ses personnages. Tous les aspects de la vie politique de cette zone géographique sous tension sont bien présents, mais ils n’occultent jamais le regard de  Mayer, qui à travers l’universel, pointe du doigt un drame profondément humain. La découverte de l’homosexualité de Nimer provoque dans sa famille un véritable cataclysme, qui plus que les sentiments ou la passion, atteint le cœur même de leur raison d’être, de vivre, de combattre. On parle alors de souillure, on va le rejeter…

par Louis Maury

 

On pourrait presque craindre le pire : une histoire d’amour impossible, sorte de Romeo rencontre Romeo sur fond politico religieux. Pourtant, ce film sur une passion amoureuse entre un Israélien et un Palestinien évite avec talent et finesse tous les pièges d’un scénario qui pourrait tomber dans le pathos, la simplification voir l’angélisme…
Roy, brillant et sexy avocat de Tel Aviv, rencontre Nimer, un étudiant en psychologie palestinien, aussi réservé que troublant, qui rêve de partir étudier aux Etats-Unis. Entre les deux, l’alchimie est immédiate, et le désir fait vite place à une vraie histoire d’amour. Nimer, qui vit au sein d’une famille très religieuse, accepte mal de cacher sa sexualité et sait confusément qu’il ne pourra plus très longtemps nier ce qu’il est. Roy, en revanche, très sûr de lui, va vite faire face aux contradictions de sa famille, en apparence ouverte et tolérante.
Grâce aux deux acteurs qui allient grâce et profondeur, on est embarqué dans cette love story qui honore son sujet avec sensibilité et retenue, même si le réalisateur se laisse parfois aller à jouer un petit effet thriller pour « tendre » son histoire. Mais on n’est pas dans « Homeland » ou « 24h chrono » et les deux protagonistes n’ont heureusement pas d’agenda caché ou de motivations torturées.
Jamais ouvertement politique, « Alata » parle de loyauté, d’ouverture, d’identité, de peur de l’autre et d’angoisse du rejet sans jamais avoir recours à un parti pris sentencieux ou donneur de leçon. Michael Mayer, qui dans son documentaire « The Invisible Men » s’était intéressé aux gays palestiniens, connaît son sujet. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la fin de l’histoire, qui évite le mélo et la facilité, est source d’espoir, sans mièvrerie. Un film fort, très maîtrisé visuellement, qui donne envie de suivre la carrière de son metteur en scène et de ses comédiens.
Nicholas Jacob et Michael Aloni composent avec beaucoup d’élégance et de conviction ce couple qui s’impose naturellement dans le cours de l’histoire. Avant qu’elle ne devienne un jour, la grande histoire.

par Christophe Martet

 

L’histoire d' »Alata », c’est le classique boy meets boy. Nimer, un étudiant palestinien réfugié clandestinement à Tel Aviv, rêve d’une vie meilleure à l’étranger. Une nuit, il rencontre Roy, un jeune avocat israélien. Ils s’éprennent l’un de l’autre. Au fil de leur relation, Nimer est confronté aux réalités cruelles de sa communauté et de sa famille – qui rejette son identité – et de la société israélienne – qui ne reconnaît pas sa nationalité.
Le sujet est on ne peut plus casse-gueule et polémique, mais le réalisateur, Michael Mayer, aborde cette histoire d’amour bouleversante avec rigueur. « Alata », qui signifie obscurité en hébreu, se déroule le plus souvent la nuit et révèle le talent d’un jeune cinéaste prometteur. Un véritable coup de cœur. Le film a été récompensé dans de très nombreux festivals.


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