Les longs-métrages > Le sexe des anges (El sexo de los angeles)

  • Réalisé par : Xavier Villaverde
  • Espagne, Brésil / 2012 / Fiction / Espagnol sous-titré français / 105 min
  • Cinéma Le France, Séance du Samedi 30 novembre 2013, 17h30

Synopsis : Bruno, beau brun d’une vingtaine d’années, est en couple avec Carla depuis l’âge de ses quinze ans. Ils vivent à Barcelone et partagent une grande complicité, passent leur temps libre à faire la fête ou s’envoyer en l’air. Tout semble aller pour le mieux mais derrière les apparences quelque chose cloche. Bruno a rencontré par hasard Rai, jeune homme bisexuel, sexy et sportif, danseur de talent et prof d’arts martiaux. Lui et Bruno deviennent très rapidement amis. Une amitié qui devient de plus en plus ambiguë. Alors qu’ils commencent à coucher ensemble, Carla découvre la tromperie de son amoureux en même temps que son attirance pour les garçons. C’est le début d’une longue remise en question. Bruno veut rester avec Carla, qu’il aime d’un amour sincère. Mais il ne peut pas se passer de Rai, qui lui apporte des choses qu’une fille ne peut lui offrir. Après une rupture express, Carla s’interroge sur sa perception du couple. Et si elle acceptait Bruno dans sa dualité ? Et si elle enlevait les barrières de la bonne morale pour donner une chance à leur histoire d’exister encore, avec ses propres règles ?

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LA BIOGRAPHIE DE XAVIER VILLAVERDE

À seize ans, il réalisa son premier film, un court-métrage en super 8 intitulé « A Semente ». Pendant ce temps, il collabora avec le groupe IMAXE. Il continua à faire des courts métrages, jusqu’à ce qu’en 1982, il commence à travailler en vidéo, en fondant avec Pancho Casal sa propre production partenaires Vidéo Trama.1

Son œuvre la plus connue à ses débuts est « Veneno Puro » réalisé en 1984, primé dans le cadre du concours Moniteur, « Up & Down » (Barcelone), et le festival national de vidéo (Madrid).

Avec « Viúda Gómez » il gagne le prix Aceptv (1985) de la meilleure fiction, et la première récompense dans le Festival National de Videomúsica 85 (Vitoria), en plus du premier prix dans le Festival National de Vidéo (Gijón) et le prix Galice-Deseño. « Golpe de Látigo », une vidéo a reçu le 1er prix au Festival International XVI de Montréal (1987). 1987, signe l’association de Xavier Villaverde avec Pancho Casal Associates, se spécialisant dans la production de spots publicitaires, activité qu’il combine avec la production de travail pour la télévision et des vidéoclips. En 1989, il réalise son premier long métrage, « Continental ». En 1990, il fonde la société de production Continental, également avec Pancho Casal . En 1999, il revient à la direction cinématographique avec « Finisterre », où se termine le monde, qui reçut le premier prix du meilleur film dans les festivals Français de Dijon et Bordeaux (printemps du Film Ibérique). Il obtint aussi le troisième prix pour le meilleur film « a Ittelmeer », Festival du cinéma méditerranéen de Cologne (Allemagne). Il a également reçu quatre récompenses AGAPI : Film, Réalisateur, Bande son, et le son . En 2002 « Trece campanadas » a été doublement récompensé à Premios Mestre Mateo (académie galicienne de l’audiovisuel) : meilleur film et meilleur acteur.

By Stéphanie Joly

 Août 2013

Dans sa première heure, le film est assez réaliste et une certaine lenteur rend l’histoire qui naît entre les deux garçons plutôt crédible. Bruno est certain de ne pas être homosexuel, tout en avouant qu’être loin de Rai le fait terriblement souffrir, qu’il est devenu pour lui comme une drogue.
Après l’aveu, le film prend une tournure plutôt inattendue, faite de ruptures, de compromis, et pour finir dans une entente faite de silences impératifs et de règles auxquelles rares sont ceux qui peuvent obéir. On se demande jusqu’où veut nous emmener Xavier Villaverde, lui qui ne fait qu’un film par décennie : que peut-il bien nous avoir concocté, combien de temps son petit manège pourra-t-il tourner ?
Finalement, il choisit de surenchérir plutôt que d’arrêter la musique. Le couple perturbé et compromis devient un triangle consentant.
Le réalisateur semble avoir voulu illustrer l’impossibilité absolue, en laissant le spectateur dans l’expectative. Mais c’était joli.

04 août 2013

Le film traite d’un triangle amoureux compliqué. Une histoire pas franchement originale et avec un traitement laborieux. Néanmoins le long métrage termine sur une note plutôt positive ce qui est particulièrement remarquable. Le cinéma a une habitude constante de tourner tous modes de vies autre que la monogamie (échangisme, polyamour, etc.) en expérience dramatique. Ici, on se relève, on affronte la jalousie, on essaie de comprendre l’autre…

Gaspard Granaud

7 octobre 2012

Dans une ville de Barcelone où tout semble possible, où catalan et castillan se mélangent, où les sexualités se révèlent moins lisses que ce que l’on pourrait croire, un jeune couple tente de trouver son équilibre. Et forcément, les choses ne sont pas aisées puisque pour être épanoui, le garçon, Bruno, aurait besoin d’une relation incluant trois personnes. Xavier Villaverde, avec sensibilité, montre les différents points de vue des trois protagonistes. Libre et provocant, Rai caractérise la tentation sexuelle. Il passe des filles aux garçons, s’attache rarement, ne pense qu’à plaire. Sa rencontre avec Bruno change la donne : il est en couple, avec une fille, moins accessible. Petit à petit le tombeur se redécouvre apte à aimer. Les choses sont encore plus compliquées pour Bruno qui n’avait visiblement pas eu d’expérience avec des garçons auparavant. Nul doute qu’il est très excité et attaché à Rai. Mais il ne parvient pas vraiment à mettre d’étiquette sur le lien qui les unit : amitié particulière ? Liaison complice ? Possible amour naissant ? Si lui-même ne sait pas où il en est, les choses sont encore plus ingérables pour sa petite amie Carla, qui jusqu’alors ignorait que son amoureux pouvait être attiré par les garçons.

Rejet d’une réalité trop complexe, trop loin des standards formatés de l’amour, deuxième chance avec acceptation que l’autre ait une liaison à côté, puis découverte insoupçonnée. Les choses se corsent quand, après une ravageuse jalousie, Carla commence à faire connaissance avec Rai et couche à son tour avec lui. Le bonheur des jeunes Carla et Bruno tiendrait-il finalement bien dans l’incursion d’un deuxième garçon, d’un ménage à trois ?

Le sexe des anges est un film optimiste, qui prône l’amour libre, la possibilité pour chacun de vivre son couple avec ses propres règles. Par moments, des questions délicates sont éludées de façon un peu naïve, simpliste. Mais globalement Xavier Villaverde oscille plutôt bien entre questionnements (via le personnage de Carla) et légèreté (pas mal de second degré, notamment via les amis de Carla qui s’amusent beaucoup du tournant que prend sa relation avec Bruno). Combien de jeunes ont vu leur parents ou des tas de couples adultes divorcer, ne pas arriver à résister au poids des années, victimes de l’incapacité à faire face au problème de l’infidélité ? Et si les jeunes avaient le pouvoir d’ouvrir leur esprit, de passer outre les règles habituelles qui ne marchent pas si bien ? Les pistes de réflexion sont intéressantes et portées par une belle énergie.

La réalisation est légèrement à l’arrache, la caméra bouge beaucoup, comme pour évoquer les turbulences, le côté non figé de la jeunesse, collant avec le souffle des corps qui fusionnent au lit ou s’envolent lors des scènes de danse. Les trois acteurs principaux, tous les trois très sensuels et attachants dans leur quête de bonheur et d’authenticité apportent beaucoup. Entre naïveté, réalisme et espoir un peu fou, Le sexe des anges laisse à penser que le couple reste à réinventer.

Alfonso Rivera

27/04/2012

 “Un pays qui méprise sa culture a de gros problèmes d’auto-estime”

 À 53 ans, après presque une décennie sans tourner de fiction, le réalisateur galicien revient avec un film très jeune qui constitue un pari risqué en ces temps sombres pour le cinéma espagnol. Voici notre entretien :

Cineuropa : D’où est venue l’idée de : « Le sexe des anges »?

Xavier Villaverde : Du constat que les relations émotionnelles et sexuelles ont beaucoup changé ces derniers temps, surtout parmi les jeunes, qui les vivent plus librement, avec moins de préjugés, de tabous et de craintes. Ils prennent plus de risques sur le plan émotionnel. La réalité sexuelle dépasse les normes sociales ou religieuses. C’est un thème qui n’est pas très présent dans le cinéma qui s’adresse aux jeunes, alors qu’il l’est dans leurs vies.

Cineuropa : Pourquoi avez-vous attendu neuf ans avant de revenir à la fiction ?

Xavier Villaverde : J’ai été producteur associé sur d’autres films, comme Le concurrent de Rodrigo Cortés, et de toutes façons, je prends toujours mon temps sur les scénarios. Le film devait en outre être une coproduction avec d’autres territoires qui finalement se sont désistés, tandis que d’autres nous ont rejoints. C’est aussi pour cela que les délais se dilatent. Je mets du temps à passer d’un film au suivant, et cela me donne la possibilité de changer de style. J’aime faire des films différents, bien que toutes mes oeuvres parlent d’identité : qui on est et comment on veut vivre. J’ai le sentiment que comme le film n’adopte aucun point de vue moral, certains rouages de la production, comme les chaînes de télévision, se sont trouvés déconcertés. Si le film avait opté pour une morale, il en serait allé autrement.

Cineuropa : Le film contient ; qui plus est ; un bon nombre de scènes de sexe… ?

Xavier Villaverde : Oui, nous les avons répétées en nous inspirant de la série américaine Tell Me You Love Me, pour qu’elles soient naturelles et crédibles. J’ai voulu les filmer caméra à l’épaule sans que cela se voit, de manière à ce que les acteurs n’aient pas à faire trop attention aux marques.

Cineuropa : La jeunesse d’esprit du récit et de l’équipe vous ont-elles semblé contagieuses ?

Xavier Villaverde :  Je m’entends très bien avec les jeunes et il y a beaucoup de jeunes avec qui je m’entends mieux qu’avec des gens de mon âge, qui peut-être sont passés à autre chose. Je m’intéresse aux générations nouvelles qui vont former notre pays à l’avenir et à cette aptitude à l’audace voire à l’inconscience qu’on a à vingt ans, cette forme de pureté qui n’a pas froid aux yeux et permet de tout oser. C’est quelque chose de très puissant. La nouvelle génération a devant elle une foule de possibilités que les autres n’ont pas eues.

Cineuropa : Combien le film a-t-il coûté ?

Xavier Villaverde : Un million d’euros et quelque, je ne connais pas le montant exact. Être producteur associé me permet de contrôler mon travail en tant que réalisateur. Nous avons fait appel à des investisseurs privés, comme les chaînes Televisión de Galicia et Canal Plus, et à un coproducteur brésilien. Nous irons aux Festivals de Moscou et Seattle. Je crois aussi que le film a été vendu à l’Allemagne et au Japon, et que nous avons reçu des offres d’Angleterre et des États-Unis. Nous serons de surcroît au Marché de Cannes.

Cineuropa : Comment voyez-vous la situation du cinéma espagnol après les importantes réductions de budget qui ont affecté les subventions ?

Xavier Villaverde : Un pays qui n’a pas un secteur audiovisuel fort est condamné à perdre son identité culturelle. Les Français ont bien compris que l’audiovisuel était une affaire d’État. Que représentent les subventions destinées au cinéma en Espagne ? Un pourcentage extrêmement mince du PIB. Un pays qui méprise sa culture et ses créateurs a de gros problèmes d’auto-estime. C’est aussi dur et triste que ça.

Cineuropa : Il est donc temps d’être ingénieux.

Xavier Villaverde :  Cette situation oblige en effet à chercher de nouvelles formules, mais pour pouvoir tourner un film, il faut un minimum d’argent. On peut le faire à peu de frais si on exploite son équipe et que personne ne touche de salaire, comme cela se fait pour les premiers longs métrages, mais pas dans le contexte d’une industrie déjà solide. Certains secteurs bien subventionnés rapportent moins à notre société que le cinéma, et personne ne le conteste. De plus, il y a une portion importante du public qui s’intéresse au cinéma espagnol et auquel il faudrait aussi offrir la possibilité de télécharger les films légalement sur Internet. Il faut trouver un compromis, car bien des gens accèdent aux contenus de manière illégale faute de pouvoir le faire légalement. Si j’étais exploitant, je chercherais aussi de nouvelles stratégies, par exemple des formules deux pour le prix d’un de manière à ne pas se retrouver avec des salles vides. Ils pourraient aussi créer des événements qui éveillent la curiosité des gens et attirent le public. Il faut changer nos mécanismes. Parfois, nous sommes pris de panique et nous ne réagissons pas.


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