Les longs-métrages > Les invisibles

  • Réalisé par : Sébastien Lifshitz
  • Avec : Yann et Pierre Bernard et Jacques Pierrot Thérèse Christian Catherine et Elisabeth Monique Jacques
  • France / 28 novembre 2012 / Documentaire / 115 minutes
  • Produit par : Zadig films, Bruno Nahon en coproduction avec Rhône-Alpes Cinéma et Sylicone

lauriers FACE à FACE 2012 - prix du public meilleur film La fiche du film en PDF

Synopsis
Des hommes et des femmes, nés dans l’entre-deux-guerres, ils n’ont aucun point commun sinon d’être homosexuels et d’avoir choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour. Aujourd’hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l’obligation de s’inventer une liberté pour s’épanouir. Ils n’ont eu peur de rien…

les invisibles de Sebastien Lifshitz

Sebastien LifshitzBiographie du réalisateur :

Né en 1968 à Paris, Sébastien Lifschitz se forme à l’école du Louvre et obtient une licence d’Histoire de l’art à la Sorbonne.
En 1989, il est assistant de Bernard Blistène, conservateur en Art contemporain au Centre Georges Pompidou, sur les expositions consacrées à Richard Artschwager, Edward Ruscha et Andy Warhol.
En 1991, il est assistant de la photographe Suzanne Lafont, puis se dirige vers le cinéma.
En 1993, il réalise « Il faut que je l’aime », son premier court métrage, sélectionné dans plusieurs festivals de courts métrages, puis un moyen métrage documentaire sur Claire Denis en 1995, « Claire Denis la vagabonde » à la suite duquel il sera assistant sur « Nénette et Boni ».
Son film suivant, « Les corps ouverts » (1998), est son premier moyen métrage de fiction. Il sera remarqué dans de nombreux festivals (dont le Festival des films du monde de Montréal) et obtiendra le prix Jean Vigo du court métrage.
« Presque rien » (1999) est son premier long métrage de fiction. Suivra le sublissime « La traversée » (2000) qui, dans le registre enquête biographique, fait preuve d’une maîtrise inouïe du réalisateur au service de ses sentiments les plus intimes.

libérationL’homo invisible
Par OLIVIER SÉGURET Un documentaire fait le portrait de l’ancienne génération homosexuelle.

En 1978, un collectif de cinéastes américains réalisait Word Is Out . C’était un docu simple, puissant et beau, où pour la première fois des hommes et des femmes racontaient leur vie homosexuelle face caméra.
Le film, conçu à l’orée des mouvements homos modernes, annonçait le phénomène du coming out massif du début des années 80, lequel allait contribuer à la fabrication de ce que l’on perçoit aujourd’hui, à tort ou à raison, comme étant l’identité communautaire homo.

les invisibles de Sébastien LifshitzPlus de trente ans plus tard, Sébastien Lifshitz semble vouloir faire écho à Word Is Out en recueillant à son tour, selon une méthode très proche, les témoignages d’homosexuels français. Il a focalisé son regard sur un échantillon particulier de cette population : les vieux.

Le titre d’Invisibles leur va bien : ils forment un maillon silencieux, né dans l’entre-deux-guerres, dont l’activité sexuelle ne s’est pas affirmée sous une forme revendicative.
Hommes et femmes, urbains ou ruraux, aisés, modestes, intellos, bergers, ils se sont glissés entre les mailles des filets sociaux, vivant leur sexualité à l’ombre, cherchant partout l’amour ou la bonne occasion, mais ne cherchant jamais à se faire remarquer. Cette invisibilité des témoins sélectionnés doit aussi s’entendre comme un rappel historique.
Les «invisibles» sont parfois non identifiables : même lorsqu’on connaît leurs goûts sexuels, les vieux homos restent souvent peu adaptés aux catégories mentales ou langagières qui se sont imposées sans eux. Notamment la figure du gay, construction récente, n’a pas d’écho pratique ici, elle n’opère pas assez loin dans le temps et dans l’histoire pour convenir à la description de certains spécimens de ce film foncièrement altruiste et attachant.

les invisibles de Sébastien LifshitzUn chevrier extraordinaire exprime le mieux cette ambivalence fondamentale du vécu homosexuel sous climat hostile : il place toutes ses attirances et expériences sous le signe unique et impérieux de la nature. Tout en lui, même son œil gauche désaxé, exprime le pétillement de la jouissance bien consommée. C’est d’ailleurs le nerf commun à tous les personnages croisés par le cinéaste : une increvable aptitude au bonheur, malgré les frustrations anciennes et les disgrâces physiques présentes.

Thérèse dans les invisibles de Sébastien LifshitzUne merveilleuse grand-mère lesbienne, dont la vie fut révélée par Mai 68, partage avec ses enfants adultes des moments d’une complicité très rare sur un écran. Cette scène subtile et tremblée fait surgir le legs particulier de cette femme épanouie à sa progéniture, la transmission d’un don pour la liberté et le plaisir dont le film se fait à son tour le porte-voix calme et délicat.


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