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Let my people go
  • Réalisé par : Mikael Buch
  • Avec : Nicolas Maury Carmen Maura Jean-François Stévenin Amira Casar Clément Sibony Jarkko Niemi Charlie Dupont Jean-Christophe Bouvet
  • Décembre 2011 / Comédie / 88 minutes
  • Produit par : Les Films Pélléas
  • samedi 16 février 2013 au cinéma Le France

Tout le monde sait que Ruben est juif, homosexuel, facteur, mi-finlandais, mi-français, fils indigne, frère désobligeant, amant décevant, assassin douteux, voleur malgré lui… Pourtant Ruben, lui, est incapable de savoir qui il est. Au grand tournant de sa vie, alors que s’ouvrent devant lui les flots de la mer Rouge, Ruben hésite : doit-il suivre son peuple ou son cœur ?

Pour son premier long-métrage, Mikael Buch s’est entouré de Christophe Honoré (Les chansons d’amour, Les bien-aimés) et d’une flopée d’acteurs de qualité pour nous offrir une comédie presque musicale qui va secouer vos habitudes, et vous prouvera que les tabous…ça se brise facilement quand on veut.

Cette comédie gay a remporté les suffrages lors du dernier Festival du Film LGBT de Paris, avec Carmen Maura et sur un scénario co-écrit par Christophe Honoré.

Mikael BuchLe réalisateur :

Mikael Buch est un scénariste et réalisateur français né le 5 juillet 1983 à Marseille

Il est diplômé de la Femis où il réalise plusieurs courts métrages primés dans différents festivals (Prix Kodac au Festival de Saint-Maur en 2009, prix du public au Festival de Pékin)

Let My People Go !, son premier long-métrage, est sorti dans les salles de cinéma le 28 décembre 2011.

Filmographie :

  • 2005 : Bambini (court-métrage)
  • 2006 : Dieu si tu m’écoutes (court-métrage)
  • 2007 : La déchirure (court-métrage)
  • 2008 : Comment j’ai accepté ma place parmi les mortels (court-métrage)
  • 2009 : Accordez-moi (court-métrage)
  • 2011 : Let My People Go !

 Critiques :

Non, on n’entendra pas la voix profonde de Louis Armstrong demander à Pharaon, pour Moïse, la liberté du peuple juif. Peut-être justement parce qu’elle est si profonde, trop par rapport à la tonalité superficielle qu’il voulait donner à sa comédie, Mikael Buch a préféré la laisser simplement flotter dans la mémoire des spectateurs. A la place, le tube yiddish des Barry Sisters Chiribim, Chiribom, donne le ton, un peu frappé, de ce film qui voit revenir Ruben, fils prodigue homosexuel parti s’exiler en Finlande, dans sa famille juive parisienne à la veille des fêtes de Pessah.Carmen Maura et Nicolas Maury

Effrayé par une aventure abracadabrante qui a provoqué son départ précipité, une grosse valise de billets dans les bras, le coeur brisé par une brouille avec son fiancé, Ruben se retrouve propulsé au coeur de la tourmente, dans la maison familiale qu’il avait pourtant fuie de toutes ses forces.

Dans le genre quelque peu endormi de la comédie française, où même les auteurs chéris paraissent ronronner (Emmanuel Mouret et son Art d’aimer), le premier film du jeune Mikael Buch, Let My People Go!, coécrit avec Christophe Honoré, ouvre des horizons plus clairs, plus excitants. Pas seulement pour une question de style mais surtout parce qu’il s’aventure avec une certaine audace dans des territoires imaginaires inconnus de la comédie VF. Ce pari de la délocalisation, parfois un peu volontariste, est résumé par le personnage principal du film, Ruben, lui-même en exil : un Juif homo extraverti, rêveur sceptique qui a fui les coutumes traditionalistes de sa famille pour s’encanailler dans la forêt finlandaise, où il file le parfait amour avec son boy-friend.Nicolas Maury et Jarkko Niemi

Dès l’introduction du film, un enchaînement très drôle de plans médaillons (façon Pierre et Gilles) sur le bonheur conjugal de ce couple hors norme, Let My People Go! s’écarte de toute emprise réaliste. C’est bien un monde de conte dont il s’agit, avec ses chromos, ses archétypes, ses couleurs saturées (très belle image de Céline Bozon). Et forcément sa part de tragique, qui intervient ici sous la forme d’un meurtre accidentel, contraignant Ruben à regagner la France, ses parents et ses galères.

Nicolas Maury facteurAux premiers temps de bonheur ahuri (parce que solitaire) succède alors le bourdonnement d’une famille dysfonctionnelle (père malade, soeur dépressive…), qui lance le film sur la piste glissante de la comédie boulevardière – la moins réussie. Mais ce retour aux origines est surtout l’occasion pour Ruben de solder quelques vieilles douleurs existentielles, à commencer par son homosexualité, le point aveugle de sa famille.

Let My People Go!, dont le titre prend tout son sens biblique, résonne alors avec la question passionnante de la difficulté d’être au judaïsme – un motif classique de la comédie US. L’impossible cohabitation de ses désirs et de la religion, qui provoquait – littéralement – une tempête chez les frères Coen (A Serious Man), se résout ici dans une explosion jouisseuse des valeurs, où les grands rabbins sont tous des baiseurs compulsifs. C’est le programme utopique de ce premier film foutraque mais très stimulant, comédie déprimée et mélo amoureux entièrement voués à l’interprète principal, Ruben-Nicolas Maury. Déjà aperçu dans Belle Epine, La Question humaine, Les Amants réguliers, ce grand échalas hyper émotif prend en charge tout l’humour du film et, fragile et volcanique, emporte chaque scène vers des sommets de burlesque incontrôlés.

Romain Blondeau

Bizarre…vous avez dit bizarre ? Sur le papier, Let My People Go est une comédie française. En réalité, il est bien plus dur de qualifier le premier film de Mikael Buch qui est à l’image de son réalisateur : cosmopolite. Alternant le français, l’hébreu, l’anglais et le finlandais, le film bouscule nos habitudes à voir des films formatés en nous offrant une bulle de références cinématographiques à la morale Disneyenne, au comique bien français et aux tabous internationaux sur fond de (homo)sexualité et de religion.

Carmen MauraComédie burlesque, le film se construit presque aussi comme une comédie musicale…sans chanson, tant les personnages sont exagérés, colorés et tant les situations sont invraisemblables. De plus, l’histoire d’amour entre Ruben et Teemu est compromise suite à un vrai comique de situation et ne fait qu’empirer à cause des nombreux quiproquos qui viendront s’ajouter au fur et à mesure de l’histoire. En fin de compte, le long-métrage ressemblerait presque à une pièce de théâtre filmée, mais une pièce travaillée.

En effet, grâce à ses décors soignés au détail près, le film nous apparaît comme étant complètement antidaté. La modernité de certains appareils type smartphones côtoie la vétusté des tapisseries kitchissimes et jaunies, des moquettes oranges datant des années 50 ou 60, des chemises à fleurs des années 80 et des voitures qui n’existent presque plus… Impossible donc, de savoir quand se déroule exactement l’histoire, ni où, donnant une dimension universelle et intemporelle au film.

En plus, Mikael Buch s’amuse à contraster les couleurs claires, variées et proprettes lors des séquences  en Norvège (dont un pavillon au début du film qui rappelle l’ouverture d’ Edward aux mains d’argent de Burton et son monde parfait) avec les couleurs plus chaudes mais vieillottes et étouffantes de l’appartement français de Ruben. Le décor fait donc partie intégrante de l’histoire et ajoute à l’humour burlesque de cette farce enfantine qui aborde pourtant bon nombres de sujets sensibles…

Un film anormal, sur la normalité. En moins d’une heure et demi, Mikael Buch parvient à réaliser le film le plus provocateur de l’année, en touchant en même temps au racisme, au communautarisme juif ou encore à l’homosexualité masculine. Belle performance… Le pire, c’est que le but du long métrage n’est pas de provoquer ou de faire un film revendicateur. Le pire (bis), c’est que c’est un peu l’histoire de la vie du réalisateur qui ne peut qu’être bien placé pour parler de tout ça.

Nicolas Maury en boiteRuben a déjà fait son coming out depuis longtemps et sa famille traditionnelle juive l’accepte. Le sujet n’est pas là. Au final, Let My People Go est simplement une histoire d’amour entre deux grands enfants qui tentent d’exister au milieu de leurs familles anormales, comme le sont presque toutes les familles du monde en fin de compte. Présenté comme étant LE personnage ayant tout d’anormal au début : juif non pratiquant, gay amoureux d’un étranger non juif, exilé à l’étranger loin de sa famille…Ruben finit par être le seul personnage sensé et bien dans sa tête parmi tous les autres, qui deviennent de plus en plus fous au fur et à mesure du film, malgré leurs habitudes et leur apparence de familles modèles.

Ces personnages qui perdent pied se retrouvent mêlés à des séquences de purs délires visuels (le télé achat) et à de l’humour ultra provoc’, le tout allié à des scènes d’amour homosexuelles qui risquent de choquer les plus conservateurs qui se fichent pas mal de voir 2 hommes s’aimer. On aimera ou on détestera ce film, mais on reconnaît surtout le courage de Mikael Buch d’avoir osé le faire.

Jean-François Stévenin, Amira Casar et Clément SibonyOn apprécie également la galerie de personnages loufoques qu’on aime regarder avec avant tout un Nicolas Maury et son physique improbable, une Amira Casa méconnaissable, une Carmen Maura en mère juive qui n’a rien à envier à Marthe Villalonga (qu’on s’attend presque à voir débarquer lors d’une scène en cours de tennis façon Un éléphant ça trompe énormément), et surtout un Jean-Luc Bideau drôlissime dans un personnage haut en couleur d’homme religieux homosexuel et désespéré.

Au final, le vrai défaut de « let my people go » réside uniquement dans le fait que pendant une grande partie du film, on ne sait pas où on va, on se demande ce que Buch veut montrer, sans pour autant nous offrir des séquences entières de fou rire. Du coup, le long métrage semble parfois manquer de rythme en nous montrant des images qui peuvent paraître inutiles au détriment de l’histoire. Néanmoins, pour un premier essai, on peut dire qu’il est plutôt réussi et on espère revoir bientôt Mikael Buch réaliser d’autres comédies intelligentes à son image.

Nicolas MauryPour un premier film, Buch met à mal de nombreux tabous et bénéficie d’un bon scénario signé Christophe Honoré, d’acteurs talentueux et de décors soignés qui font de Let My People Go une bizarrerie cinématographique rafraîchissante, touchante et drôle.

Anaïs Berno, Rédactrice et responsable des relations presse de Critique Film.fr


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