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Ouganda-au-nom-de-Dieu
  • Réalisé par : Dominique Mesmin
  • Avec : Auf Usaam Mukwaya
  • France / 2012 / Documentaire / 72 mn
  • Produit par : So What Now

Prix Spécial du Jury « Dossiers et Grands Reportages »,
Festival International du Film des Droits de l’Homme Paris 2012

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Ouganda au nom de DieuSynopsis : À l’automne 2009, un parlementaire ougandais, David Baati, dépose une proposition de loi anti-homosexuels, qui durcit considérablement une législation déjà très sévère, héritée de l’époque coloniale. Le projet de loi prévoit la peine maximale, voire la mort, pour tous les homosexuels, et une peine de trois ans de prison pour celles et ceux qui ne dénonceraient pas les homosexuels.

Dominique MesminDominique Mesmin, le réalisateur
Journaliste et réalisateur,  a touché à tous les médias (radio libre, fanzine, presse magazine, édition, internet, télévision) avant de se consacrer aux documentaires d’investigation et à des reportages d’une quinzaine de minutes tournés dans une multitude de pays. Ses centres d’intérêts l’ont naturellement amené vers des thématiques proches des droits de l’Homme et des grands sujets de société (trafic d’organes, pédophilie en Asie, les enfants esclaves, les opposants au régime cubain, la déforestation illégale, le micro crédit en Inde etc….).

Yagg

Yagg a rencontré le réalisateur Dominique Mesmin et l’activiste Auf Usaam Mukwaya, réfugié en France, à l’occasion de la diffusion du film Ouganda, au nom de Dieu, sur PinkTV. Dominique Mesmin est parti en mars 2010 tourner pendant trois semaines en Ouganda. Son film, dans lequel témoigne Auf Usaam et de nombreux autres gays traqués, est une dénonciation de la croisade des églises évangéliques contre l’homosexualité avec la bénédiction du président Museveni et l’appui idéologique et financier des ultraconservateurs chrétiens américains. À la fin du film, on voit Usaam faire des démarches pour obtenir l’asile en France, après une rencontre décisive avec Louis-Georges Tin, président du comité Idaho. Ouganda, au nom de Dieu est une enquête fouillée et poignante, à la rencontre de celles et ceux qui, très peu nombreux, défendent les homosexuels. C’est un film à voir absolument.

Les InrocksEn Ouganda, “dénoncer les homosexuels est une preuve de civisme”

Le 26 janvier 2011, un militant homosexuel ougandais, David Kato, a été assassiné à son domicile. Quelques mois plus tôt, un tabloïd local avait publié son nom et sa photo assortis d’un appel au meurtre. L’Ouganda, poussé et financé par des fondamentalistes américains, est clairement en croisade contre les gays.

Article publié le 7/12/2010

Mis à part l’Afrique du Sud, la quasi-intégralité du continent noir condamne l’homosexualité. Ces derniers mois, la répression et la pénalisation se sont intensifiées. Vingt-quatre personnes arrêtées au Sénégal, un couple incarcéré au Malawi, une révision du code pénal rwandais, des homos criminalisés pour la première fois au Burundi, un durcissement des peines envisagé en ce moment en RDC…

Mais c’est l’Ouganda qui s’est récemment distingué avec un projet de loi radical, the anti-homosexuality bill, déposé en octobre 2009. Jusque-là, un homosexuel y encourt quatorze ans de prison. Dorénavant, il s’exposerait à un emprisonnement à vie, voire à la peine de mort s’il est séropositif et a un rapport sexuel (même protégé) avec un mineur. De plus, les citoyens qui ne dénonceraient pas une connaissance homosexuelle risqueraient trois ans de prison ferme.

Manifestation contre les homosexuels à Kampala en Ouganda, en 2007. (Reuters/James Akena)
Manifestation anti-homos en Ouganda – Reuters/J.Akena

Sylvia Tamale, doyenne du département de droit de l’université de Makerere, à Kampala, est une militante des droits de l’homme détestée du pouvoir. Selon elle, « l’homophobie est un des héritages de notre histoire coloniale. Elle a été importée de Grande-Bretagne et découle des valeurs moralistes de l’époque victorienne. C’est pourquoi, aujourd’hui, les Ougandais sont devenus extrêmement homophobes ».

« Pendez-les »

Récemment, le tabloïd Rolling Stone (aucun rapport avec le magazine américain) nommait et donnait les adresses des leaders gays avec le bandeau « Hang them » (« Pendez-les »). The Onion et The Red Pepper attisent aussi l’homophobie rampante depuis des années. Auf Usaam Mukwaya, un militant gay de 27 ans, a été « outé » par ce dernier en 2008. Depuis, sa photo a été publiée une dizaine de fois. Lors d’une rencontre, le directeur du Red Pepper, Arinaitwe Rugyendo, nous déclarait que « le journalisme est un service. Il doit corriger les erreurs de la société. Dénoncer les homosexuels ne s’apparente pas à de la diffamation mais à une preuve de civisme ».

Auf Usaam Mukwaya
Auf Usaam Mukwaya

Après la parution des photos, Auf a été licencié, expulsé de son village, lapidé sur un marché, torturé en prison puis débouté, renié par sa famille… Bref, une descente aux enfers qui lui a fait envisager le suicide. C’est à cette époque qu’on l’a rencontré, lors du tournage d’un documentaire (Ouganda : au nom de Dieu, en recherche de diffusion). Il vivait traqué dans un bidonville et partageait huit mètres carrés avec deux colocs. « Je n’ai pas de futur ici. Je suis un sous-homme. Je ne peux plus trouver de travail. On m’a dit que la France était le pays des droits de l’homme. J’ai donc fait une demande d’asile. » En Ouganda, la traque des homosexuels n’est pas nouvelle. Avec ce projet de loi, elle s’accélère, se radicalise et s’assume. Le député David Bahati en est à l’origine. Il déroule un argumentaire simpliste mais qui convainc la population : « Les homos recrutent de jeunes enfants et mettent en danger nos familles traditionnelles hétérosexuelles. Il faut agir vite car ils sont financés par l’étranger. Ils sont pédophiles et incarnent une maladie occidentale qu’on veut nous imposer. Nous avons presque 100% de chances que le projet passe. » Les organisations humanitaires et les ONG parlent de 500 000 gays (sur 32 millions d’habitants). Six organisations aident la communauté. Elles sont toutes basées à Kampala ou en périphérie. Pour limiter les représailles, elles sont obligées de prétendre qu’elles défendent avant tout les droits de l’homme.

Dennis Wamala, directeur d’Icebreakers
« Beaucoup d’activistes sont mis en prison. Ces intimidations sont monnaie courante. Notre regret est de ne pas pouvoir agir en province faute de moyens financiers. Là-bas, un gay vit son homosexualité seul. Nous sommes pessimistes car le gouvernement essaie de faire passer une loi qui va criminaliser ceux qui financent les associations LGBT. »

Seuls deux médecins acceptent de soigner les homos
A court terme, Spectrum, Smug, Icebreakers, Farug, Tits et Kulhas pourraient donc disparaître. Tous ceux qui de près ou de loin s’occupent de la communauté sont pourchassés et reçoivent des menaces de mort. Comme Ladislaus Rwakafuuzi, l’avocat d’Auf.


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