Les longs-métrages > Sarah préfère la course

  • Réalisé par : Chloé Robichaud
  • Canada / Mai 2014 / Drame / Français / 94 min
  • Cinéma Le France - Samedi 8 mars 2014 à 20h

Journée de Femme
Assemblée Générale de l’association FACE à FACE

AVANT-PREMIERE

Film précédé du premier épisode de la web-série Féminin/Féminin (15 min, 2014) écrit et réalisé par Chloé Robichaud.

Synopsis : Sarah préfère la course. À toute activité, à toute éventualité de rencontre, à toute quête intérieure. Lorsque cette coureuse de demi-fond habitant Québec se fait offrir une place au sein du club d’athlétisme de l’Université McGill, elle tente d’attraper la balle au bond, malgré la désapprobation de sa mère et les obstacles économiques que suppose son déménagement à Montréal. Qu’à cela ne tienne, son ami Antoine, secrètement amoureux, lui offre de déménager avec elle, d’assumer les premières dépenses, puis suggère que tous deux contractent un mariage blanc afin que Sarah puisse avoir accès au régime gouvernemental des prêts et bourses. Le tandem, installé dans un petit appartement, s’acquitte bientôt des formalités à l’hôtel de ville. Mais tandis que le mariage libère Sarah, investie corps et âme dans son entraînement, il enchaîne Antoine, plus que jamais désireux de la conquérir. Jusqu’à ce qu’au cours d’une soirée entre amis, Sarah prenne conscience de sa préférence… pour Zoey.

> La fiche complète du film au format pdf 

Chloé Robichaud (Scénariste, Réalisatrice)

Elle a 25 ans, une feuille de route impressionnante et un avenir des plus prometteurs. En 2013, Chloé Robichaud, scénariste et réalisatrice, se trouve pour la deuxième année consécutive dans la sélection officielle du Festival de Cannes avec son premier long métrage, Sarah préfère la course. Avec dans les rôles principaux Sophie Desmarais et Jean-Sébastien Courchesne, le film évoque les compromis que doit faire une jeune sportive pour atteindre le but qu’elle s’est fixée. Chloé Robichaud dit aimer l’écriture cinématographique sous toutes ses formes; c’est pourquoi elle écrit scénarios et dialogues, en plus de réaliser ses films et d’en faire fréquemment le montage. En 2012, son film Chef de meute était également présenté à Cannes, en nomination pour la Palme d’or du court métrage. Sélectionné pour les prix Jutra et aux Canadian Screen Awards, il figure en bonne place au Canada’s Top Ten. Il a été projeté dans de nombreux festivals internationaux.

Chloé Robichaud a écrit et réalisé huit courts-métrages et une douzaine de films publicitaires, en plus de vidéoclips pour le groupe Les Incendiaires et la chanteuse Valérie Carpentier.

Née à Québec, Chloé Robichaud vit et travaille à Montréal. Titulaire d’un baccalauréat avec mention en réalisation de l’université Concordia à Montréal, elle est diplômée en réalisation de l’Institut national de l’image et du son (L’INIS) en 2010. Elle travaille actuellement à l’écriture de son prochain film, Pays, qui explore la vie de politiciennes et dont la production est prévue pour 2014.

MOT DE LA RÉALISATRICE

Sarah préfère la course parle de la poursuite d’un objectif et aborde les angoisses d’une jeune athlète qui ne vit que pour la course. À l’opposé du film sportif classique, l’histoire ne cherche pas à expliquer la grandeur de son rêve et ses résultats positifs, mais plutôt à en montrer les conséquences et les sacrifices qu’il engendre pour l’athlète et son entourage. Dans ce film, le rêve est à la fois beau et enivrant, mais aussi destructeur et égoïste, à l’image du personnage central. Sarah va apprendre la vie à toute vitesse. Elle apprend, comme plusieurs jeunes gens de son âge, à faire des choix et à assumer les conséquences de ces actes.

On y suit une femme qui ne cadre pas dans les théories générales de la féminité de par son habillement, son approche sociale, sa réserve. Le personnage d’Antoine, l’ami avec qui Sarah déménage à Montréal, montre aussi une facette intéressante de la masculinité; il est davantage centré sur ses émotions, plus démonstratif. Ils sont « Sarah » et « Antoine », avant d’être une « femme » et un « homme ». Ils s’imposent un modèle familial conventionnel et hétérosexuel à un âge encore très jeune en choisissant un mariage. Même s’ils disent qu’il est d’ordre financier, le mot mariage est significatif. Le film explore cette idée symbolique du mariage, et son pouvoir sur une personne et ses sentiments.

Olivier Bachelard

 

Passion exclusive

Premier long-métrage d’une jeune réalisatrice canadienne, « Sarah préfère la course » a été présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2013, créant une certaine division parmi le public. Précédemment sélectionnée en compétition des courts-métrages en 2012 avec « Chef de meute », elle n’en a pas moins démontré un impressionnant sens du rythme et de la mise en abyme. Portrait plutôt fin d’une jeune femme en devenir, passionnée par la course, son film surprend autant qu’il déroute, dévoilant une protagoniste toujours en retrait, qui se laisse mener par les autres, ne sachant pas trop ce qu’elle désire faire ou même être.
Sur ce drôle de point de départ, le scénario développe une sorte de mystère identitaire (les pulsions sous la douche, avec vues sur des nuques de filles…), décrivant la découverte des premières passions, les expériences ratées (un dépucelage maladroit), et affirme une parabole bien sentie sur le cœur de son héroïne, qui fait des siennes, au sens propre tout au moins, le figuré restant aux abonnés absents. Au final, malgré la qualité d’interprétation de Sophie Desmarais, effacée et lunaire, ce n’est étonnamment pas le personnage de Sarah qui nous touche, tant elle semble peu encline à se connecter avec les autres, mais son pendant masculin, touchant, dans son incompréhension face à cette fille absente du monde.

On ressort de la séance plutôt troublé et sans réellement en savoir plus sur cette jeune femme. C’est certainement là la réussite du film, nous troubler grâce à un personnage inexistant, et nous convaincre à notre tour, qu’en matière de sentiments et de capacité à ressentir, ou à définir un être humain, « non, la réponse n’est pas dans le gâteau ».

 

Avec Sarah préfère la course qui défilera en projection, je me prêterai à l’exercice des commentaires en direct. Il s’agit d’une présentation unique en son genre, qui permettra aux curieux d’en savoir plus sur mes intentions de mise en scène et du traitement, d’entendre aussi parler d’anecdotes de tournage et des apprentissages que j’ai pu retirer de celui-ci.
— Chloé Robichaud

  

 

« Sarah (Sophie Desmarais) est une jeune athlète de demi-fond. Sa vie bascule lorsqu’on lui offre une place dans le meilleur club d’athlétisme universitaire, loin de sa banlieue natale. Sarah ne bénéficie pas du soutien financier de sa mère pour se lancer dans l’aventure. Déterminée, Sarah quitte en compagnie de son ami Antoine (Jean-Sébastien Courchesne). Les deux s’épouseront, question de toucher de meilleurs prêts et bourses. Le mariage ne sera pas ce qu’ils espéraient, du haut de leurs 20 ans… Elle ne veut faire de mal à personne par ses choix, mais malheureusement, Sarah préfère la course. »

Sarah préfère la course parle de la poursuite d’un objectif et aborde les angoisses d’une jeune athlète qui ne vit que pour la course, l’unique chose qui la fait sentir à sa place. À l’opposé du film sportif classique, l’histoire ne cherche pas à expliquer la grandeur de son rêve et ses résultats positifs, mais plutôt à en montrer les conséquences et les sacrifices qu’il engendre pour l’athlète et son entourage.

Ce film parle d’une génération dont les aspirations sont grandes, mais qui se sent parfois sous la menace d’un futur incertain. Et il nous paraît ainsi important de parler de l’ambition, telle que nous la perçevons aujourd’hui au Québec. On a besoin d’avoir des films sur une jeunesse qui sait où ce qu’elle s’en va.

On y suit une femme dans sa quête, une femme qui ne cadre pas dans les définitions générales de la féminité non plus, de par son habillement, son approche sociale, sa personnalité. Le personnage d’Antoine montre aussi une facette en évolution de la masculinité ; lui, souhaite une vie familiale, est davantage centré sur ses émotions, plus démonstratif. Ils sont « Sarah » et « Antoine » à proprement dit, avant d’être une « femme » et un « homme ».

 Auteur: Frédéric Bouchard

 

Présenté au Festival de Cannes en mai 2013, Sarah préfère la course, premier long-métrage de Chloé Robichaud, a eu le privilège d’être vu en primeur dans le cadre de la section « Un certain regard ». Rappelant beaucoup le parcours d’un autre talent québécois précoce – Xavier Dolan pour ne pas le nommer – la jeune cinéaste a ainsi attiré sur elle tous les regards confirmant, malgré un accueil mitigé, le rayonnement international du cinéma québécois.

Sophie Desmarais incarne la fameuse Sarah. Avec sa mère (Hélène Florent) et son beau-père (Benoît Gouin), elle habite en banlieue de Québec et s’apprête à faire partie d’un prestigieux club d’athlétisme universitaire. Sans aide financière, la jeune coureuse quitte néanmoins la maison en compagnie d’Antoine (Jean-Sébastien Courchesne), un ami. Ils déménagent ensemble à Montréal et décident de se marier afin de toucher des prêts et des bourses.
Sarah préfère la course incarne parfaitement le genre de film qualifié chez les anglophones de « coming of age movie ». À l’aube de ses vingt ans, l’héroïne fait la transition vers la vie adulte et, déstabilisée par un nouveau monde, elle doit faire face à certains de ses choix, mais aussi à sa véritable nature. La caméra de Robichaud s’intéresse alors exclusivement au présent de Sarah. Non pas à son passé, très peu à son avenir, mais bien à ce point tournant de sa vie où tout change. Au point tel que certains pourraient être rebutés par le choix courageux, mais couteux, de Robichaud de toujours garder les intentions de son héroïne bien obscures.
C’est que Sarah n’est pas le personnage le plus nécessairement saisissable. Discrète, peu bavarde et introvertie, la jeune femme laisse difficilement deviner ses sentiments. Robichaud s’en remet d’ailleurs beaucoup au jeu nuancé de Desmarais et à la métaphore de l’arythmie pour évoquer les chamboulements émotifs de Sarah. Sinon, le protagoniste demeure plutôt abstrait sans jamais véritablement toucher le spectateur. Quelques moments plus émouvants viennent parsemer le film comme un échange entre la jeune fille et sa mère dans une salle d’attente d’hôpital ou encore tout simplement le puissant dernier plan du film.

La réalisation de Robichaud demeure alors dans la sobriété. Des clins d’œil sont dissimulés ici et là (par exemple des messages de biscuits chinois qui servent d’intertitres et qui renvoient à la Nouvelle-Vague française) et sa caméra offre quelques-uns des moments les plus marquants du cinéma québécois cette année, dont une mémorable et déchirante séquence de karaoké. Pour ce premier film, la jeune cinéaste affiche une œuvre imparfaite, mais singulière qui laisse présager que le meilleur pour Robichaud reste encore à venir.

 

 

Chloé Robichaud : Entrevue

25/05/2013 Nicolas Gilson

Après avoir présenté son court métrage CHEF DE MEUTE l’an dernier en Compétition Officielle, Chloé Robichaud présente son premier long métrage au Certain Regard. SARAH PREFERE LA COURSE est le troublant portrait de Sarah qui décide de s’installer à Montréal afin de suivre une formation d’athlétisme. C’est aussi et surtout le portrait d’une jeune femme qui s’éveille à elle-même. Rencontre.

Quelle est la genèse du projet ? – Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup courir. C’est quelque chose qui est resté en moi. Mais je en cours plus beaucoup maintenant. Quand j’étais à l’université, j’ai eu envie d’écrire un premier long-métrage et je trouvais que ce que je vivais en tant que jeune adulte pouvait se transposer dans un personnage. Je voulais parler de ma génération. Et l’idée de la course est revenue à ce moment-là parce que c’était une belle métaphore de la personnalité de mon personnage. C’est une fille qui est dans la fuite de ses émotions, dans un genre de fuite sociale. Visuellement la course était aussi une chose intéressante à filmer.

Vous avez réalisé de nombreux court-métrages. – J’en ai réalisé une douzaine. J’ai commencé à 17 ans. J’en avais un en compétition ici (à Cannes) l’an dernier, CHEF DE MEUTE.

D’ailleurs entre ce film et SARAH PREFERE LA COURSE, vous recourrez à une même photographie, à une même coloration légèrement délavée. Pourquoi ce choix ? – Parce que ce sont des personnages un peu plus ternes ou plus solitaires. Je trouve que si c’est trop coloré, cela ne fonctionnerait pas avec l’atmosphère que j’essaie de mettre en place. En même temps j’espère que ce n’est pas triste non plus. Dans SARAH, c’est très gris mais ej ne voulais pas que ce soit un gris triste : c’est plus un gris d’ambiance. Le gris du film, pour moi, montre l’indécision du personnage, son côté entre les deux.

C’est une décision apparue dès l’écriture ? – Oui. On a parlé assez rapidement avec la directrice photo de la palette de couleurs.

Il s’agit de la même directrice photo. – Oui. On s’est rencontré à 17 ans et on a fait plusieurs projets ensemble.

Le film est ponctué par des intertitres qui n’en sont pas vraiment. Pourquoi ? – L’idée des biscuits chinois est venue alors que je mangeais des sushis. En mangeant un biscuit, je me suis dit que les gens souvent s’y fient – un peu comme on se fie à l’horoscope. Cette question du destin revient d’ailleurs dans le film : « la réponse n’est pas dans le biscuit ». Le destin, on le contrôle, c’est un peu ce que Sarah dit. Je trouvais ça amusant. Ça faisait des chapitres un peu amusants, un peu différents. C’est aussi un peu d’ironie.

Différents dialogues téléphoniques apparaissent en voix-over, dans lesquels, dans ses silences, Sarah se révèle. – C’était écrit comme ça dans le scénario. Je voulais amener cette idée de conversation à distance. Sarah parle beaucoup plus par téléphone : elle est comme capable de dire les chose parce qu’elle est loin, elle est moins exposée. Elle dit « je t’aime » à sa mère par téléphone mais devant elle, elle serait incapable de le lui dire.

Le film questionne la féminité. – Je voulais une fille comme Sophie, qui est très belle et qui a un visage très féminin, et l’habiller de façon plus masculine. Mais je ne voulais pas lui couper les cheveux. Je ne voulais pas aller dans le cliché de la masculinité. Sarah va se poser des question par rapport à la féminité. Antoine lui fait souvent des commentaires par rapport à ça. Elle est perdue, elle est troublée : elle ne sait plus qui elle est ni qui elle doit être. Et en même temps Antoine est lui-même troublé de tomber amoureux d’une fille un peu plus masculine et je trouve cela vrai. Crédible. Ça arrive aussi. On s efait tous des stéréotype de la personne que l’on est censé aimer mais le mélange des genres, le mélange des goûts et le contraste m’intéressaient.

Antoine tombe amoureux au-delà du genre. Il est séduit par une personnalité. – Exactement. Comme Sarah n’est pas confinée dans un genre non plus : elle est accrochée par la personnalité de quelqu’un.

Le trouble de Sarah transparait dans des séquences clés. Comment avez-vous composé cela ? –C’était beaucoup dans le regard. Dans la séquence du karaoké, ce sont des très gros plans où l’on sent l’émotion qui monte dans ses yeux. C’est une des rares scène où elle s’ouvre autant à une émotion. J’en suis très contente. J’aime beaucoup cette scène. Celle de la douche, c’était montrer son désir tout en restant très pudique.

Comment avez-vous choisi Sophie Desmarais ? – On avait fait un court-métrage ensemble. Puis je l’ai vue dans le long-métrage DECHARGE dans lequel elle est fantastique. C’est un rôle à l’opposé du personnage de Sarah. Je la savais talentueuse mais là c’était exceptionnel ! Elle a quelque chose dans le regard, et pour Sarah j’avais besoin de quelqu’un qui parle avec les yeux et avec le corps. Ce qu’elle fait très bien.

Elle est froide et douce à la fois. – C’était dur à trouver. J’avais besoin de quelqu’un qui pouvait jouer le côté introverti mais en même temps il faut s’attacher à Sarah. Elle nous laisse accès à ses émotions quand il y en a. Il y a peu d’actrice qui auraient pu le faire comme elle l’a fait.

Hélène Florent joue le rôle de la mère se Sophie. – C’est une actrice très populaire au Québec. Je pensais à elle à l’écriture. D’ailleurs à l’époque le personnage s’appelait Hélène. Finalement j’ai changé le nom du personnage quand ça a été elle. C’est une actrice très touchante. Elle est un peu comme Sarah : elle ne dit pas les choses et il faut aller les saisir. Elle a une force. Un charisme.

La musique est une donnée essentielle dans le film. – Je voulais mettre de la musique sur toute les scène de course : une musique très calme, ambiante, onirique. Les coureurs m’ont parlé de leur état paisible quand ils courent, je voulais représenter cela.

Sans la dévoiler, pourquoi une fin ouverte ? – J’aime les fins ouvertes parce que j’aime donner la liberté aux spectateurs de l’interpréter. Ça peut être frustrant mais je leur fait confiance. Et puis, c’est bien de faire réfléchir un peu, de ne pas tout donner.

Vous présentez votre premier long métrage au Certain Regard à Cannes, un an après votre court-métrage. – Je suis émue et honorée. J’ai l’impression de commencer ma carrière à cannes. C’est un rêve éveillé. J’ai aussi fait une conférence au Short Film Corner sur le passage du court eu long-métrage (j’ai fait ça aussi pour Téléfilm Canada). Ça me fait palisir parce que je suis une fille de court-métrage. Je pense qu’au festival ils sont très fiers – ils me l’ont dit – parce que c’est la première fois que ça arrive dans l’année consécutive. Je suis bien touchée.

Vous travailliez déjà sur le long alors que vous tourniez court ? – Oui. J’ai écrit le long-métrage sur une période de quatre ans et on était déjà sur une recherche de financement. Quand on est arrivé à Cannes l’an dernier avec CHEF DE MEUTE, c’était un super occasion pour commencer à en parler. On tournait le film quatre mois plus tard. On a eu l’argent au retour de Cannes, tout s’est fait très vite.

 Vous avez la capacité de travailler sur plusieurs projets en même temps. – Oui mais j’ai peur des temps morts. J’ai besoin de travailler. Là je suis en recherche de financements pour le deuxième.


 17/02/2014 | MARIE TURCAN

“Féminin/Féminin” : de la simplicité d’être lesbienne

La première web-série de la réalisatrice québécoise Chloé Robichaud dépeint avec beaucoup de simplicité le quotidien d’un groupe de lesbiennes à Montréal. Une ode à la banalité, tout en humour et en lumière.

Voilà de quoi fêter les 10 ans de The L Word en beauté. En 2004, les Etats-Unis découvraient un groupe d’amies, presque toutes homosexuelles, qui vivaient leur sexualité pleinement dans un quartier riche de West Hollywood.

Dix ans plus tard, c’est du Québec que nous vient leur descendance. Avec la web-série Féminin/Féminin, la réalisatrice Chloé Robichaud (Sarah préfère la course) remet les lesbiennes sur le devant de la scène, sous forme de faux documentaire. Créé pour le site Lez Spread The Word, le projet a gagné en notoriété après la diffusion de son premier épisodele mois dernier. Quinze minutes qui posent les bases d’une série chorale plutôt drôle. L’objectif de ce pilote est de donner envie aux investisseurs de financer le reste de la web-série, dont la sortie est prévue pour le mois de juin.

Pour autant, aucun risque que les sept épisodes de cette première saison restants ne voient pas le jour. Chloé Robichaud nous l’assure : “C’est sûr, on va la faire, je m’y engage, quel que soit le budget.” Seules les conditions de tournage, prévu pour début avril, varieront en fonction des fonds récoltés.

“Donner une voix aux lesbiennes”

Le fond du projet, lui, ne changera pas. L’histoire se focalisera sur une demi-douzaine d’amies, pour la plupart lesbiennes, qui acceptent de prendre part à un documentaire tourné par… Chloé Robichaud en personne. La réalisatrice apparaît même quelques secondes à l’écran au début du premier épisode, avant de prendre place derrière la caméra et de poser les questions au cours des “fausses interviews-confession” tout au long de la série.

Ce sont d’ailleurs ces questions qui ont donné une grande liberté aux actrices, invitées à improviser un maximum “pour donner un côté hyper réaliste”, souligne la réalisatrice. “J’ai écrit un scénario, mais je suis entourée d’excellentes comédiennes, créatives et bonnes en impro, alors on s’amuse, on essaie des choses différentes.”

Pour la réalisatrice, ces actrices, presque toutes hétérosexuelles, peuvent “donner une voix aux lesbiennes” aussi bien que le feraient des actrices LGBT.

“Je ne me suis pas dit que je devais choisir des lesbiennes, j’ai pris celles qui collaient le mieux au rôle. C’est intéressant, de voir que des comédiennes connues au Québec [Eve Duranceau, Noémie Yelle – ndlr] aient accepté sans hésiter !”

La banalisation de l’homosexualité

Dans le premier épisode, c’est justement le personnage de Noémie Yelle, Léa, qui est au cœur de l’intrigue. Elle gravite entre ses amies, narrant ses peines de cœur à qui veut l’entendre, plus ou moins écoutée, plus ou moins soutenue. Si les scènes de questions-réponses face caméra sonnent un peu faux, le reste est beaucoup plus fin, des regards complices aux délires névrosés que se partagent équitablement les héroïnes.

10 ans après le début de The L Word, Féminin/Féminin propose une narration plus simple, moins travaillée, qui met l’accent sur le banal et normalise complètement ce qui aurait toujours dû l’être : l’égalité dans l’amour.

“Si je me revois quand j’avais 14 ans“, conclut Chloé Robichaud, “je voulais voir des couples de filles pour qui c’était facile d’être gay, j’avais envie de me dire ‘eh c’est cool d’être lesbienne, j’ai envie de l’être !’, pas toujours ne voir que les côtés difficiles.” Pari réussi.