Les longs-métrages > Sebastiane

  • Réalisé par : Derek Jarman, Paul Humfress
  • Grande-Bretagne / 1976 / Fiction historique / Latin sous titré français / 86 min
  • Cinéma Le France, Samedi 30 novembre 2013 à 15h15

Synopsis : 300 après Jésus-Christ: Le jeune soldat d’un avant-poste de l’armée romaine Sebastianus, favori de l’empereur Dioclétien, est contraint à l’exil dans une région éloignée et peuplée exclusivement par des hommes dès que le monarque s’aperçoit que le jeune homme a embrassé le christianisme.

Sebastianus se retrouve alors en compagnie d’une demi-douzaine de fortes têtes dans un camp pénitentiaire commandé par le centurion homosexuel Severus. Ce dernier a tôt fait de remarquer la beauté de Sebastianus, lequel, à partir du moment où il refuse de s’entraîner au combat au nom des principes de sa foi, devient la proie des quolibets et des brimades de ses camarades.

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La biographie de Derek Jarman

Derek Jarman débute sa carrière de cinéaste en tournant des courts métrages et des clips publicitaires en caméra Super 8 et vidéo. Sa carrière décolle en 1975 avec Sebastiane, évocation très remarquée au cinéma du martyre de Saint Sébastien. Il s’agit d’un film uniquement constitué de dialogues en latin dans lequel il exalte le corps masculin. En 1977, il tourne Jubilee dans lequel il rend hommage à la culture punk londonienne et adapte en 1979 The Tempest de William Shakespeare tout en continuant à réaliser des courts métrages et à filmer en Super 8 et vidéo.

En 1986, il réalise Caravaggio, son film le plus populaire. Son style provocateur et  » underground  » s’affiche peu à peu pour s’affirmer en 1987 dans The Last of England, dans lequel il dépeint avec férocité la fin de l’Empire britannique. Dans War Requiem en 1989, le réalisateur s’adoucit et donne toute sa mesure à la partition de Benjamin Britten. En 1990, il réalise deux films The Garden et Edward II, pièce oubliée de Christopher Marlowe, un contemporain de Shakespeare, film dont on retiendra l’esthétisme. Malade du sida, Derek Jarman dirigera encore deux films, Wittgenstein et Blue en 1993, sorte de film testament, avant de s’éteindre en 1994.

 

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Publié par Pierre F. Lacroix, auteur – ÉrosOnyx éditions
Beau comme le péché.

Quelques légionnaires, au IVe siècle après J.C., en garnison sous le soleil, sur un promontoire perdu juste avant la mer. Parmi eux, Sebastianus, un soldat chrétien radieux comme un ange méridional, brun aux cheveux courts, qui ne se donne qu’à Dieu, et un tribun militaire païen, d’une blondeur de viking, qui le boit des yeux sans pouvoir y toucher.
La cruauté déchaînée par cette beauté intouchable, la lutte entre le profane et le sacré, l’appel de la chair et l’appel du divin.
Ouverture baroque, dans le palais de Dioclétien à Rome, avec une débauche de palette digne du Ken Russell des Diables ou du Fellini de Satyricon.
Puis départ pour le désert rocailleux au bord des flots, corps qui se dénudent lentement, sensuellement, au fil du film. Moments d’anthologie et de grâce, dedans et dehors : une grotte devenue thermes pour de fins muscles garçonniers qui se lavent, se rasent, s’enduisent et se contemplent ; un ralenti plus torride que le soleil méditerranéen sur deux baigneurs de l’éden antique qui se caressent dans des éclaboussures de vagues, en giclées lentes de sperme bleu, sur des corps fugitivement offerts, ouverts, de vrais chromos de porno tendre. Le rêve impossible passe sous les paupières du tribun. Dans la lignée de  celui que nous offrait, en 1974, Christopher Larkin dans son film Une chose très naturelle.
Mais nous sommes en d’autres temps. Au bout du désir inassouvi devenu emprise de passion incandescente, viennent la male et mâle joie de mettre Sébastien à la torture, la cambrure du supplicié transpercé de flèches aussi parfaitement dessinée que le profil des archers qui le mettent à mort, je te désire, je te tue, j’aurais voulu te traverser tendrement d’amour, je te traverserai cruellement de flèches, sous le soleil !
Un orgasme en coulures de sang, sous le pinceau charnel de Derek Jarman, entre la mer et les os nus des rocs.
Et oser la V.O. en latin… comme si on y était ! Poème pictural, musical, porté par les claviers funèbres de Brian Eno et l’usage de ces dialogues en latin inouï : tout dans Sebastiane accentue l’effet de voluptueux et sauvage cérémonial.
De quoi faire accepter les sous-titres en allemand ou, tout simplement, savourer la V.O. sans sous-titre, comme une messe d’autrefois en latin, belle de n’y comprendre rien. Messe sauvage et sexuée ! Comme Derek Jarman a bien su intégrer et revisiter son catéchisme !

Le latin n’est pas mort, car il b… encore
19 juillet 2013

La réponse à notre énigme LSP du 10 juillet était bien sûr le film britannique Sebastiane, de Derek JarmanPrécisons que ce titre est une apostrophe, ce nom étant au vocatif latin (cas nominatif ou sujet : Sebastianus), subtilité que ne permettent que les langues à déclinaisons.

Le point de départ de cette note est une discussion au « desk » du Monde.fr sur le latin considéré comme « langue morte ». Nous nous sommes inscrits en faux, arguant qu’il ne fallait enterrer les morts qu’une fois leur décès dûment constaté. Or, comment considérer comme trépassée une langue qui est encore au moins comprise, écrite voire parlée par quelques milliers d’individus (ou dizaines de milliers), ecclésiastiques, savants, historiens, archéologues, érudits, etc. ? Et comment ne pas évoquer ce film de 1976 dont tous les dialogues sont en latin ? Il retrace la vie et la mort de Sébastien, officier romain du temps de Dioclétien exécuté pour avoir refusé d’abjurer le christianisme, selon l’Eglise, puis sanctifié par elle.
Un péplum esthétisant, sensuel — torride même — et pierre dans le jardin de l’Eglise car il laisse entendre que la cause du supplice ne fut pas tant la foi de Sébastien (pour laquelle il est seulement fouetté dans le film) que son refus de céder aux avances de son centurion. D’autant plus furieux que l’objet de ses assiduités avait été moins cruel avec certains légionnaires, les désirs de tous étant exacerbés par la chaleur estivale, la quasi-nudité générale, l’isolement, le désœuvrement et la si dure absence de femmes.
Il s’inscrit dans l’immense lignée des représentations du supplice de Sébastien (où il ne rendit pas son dernier soupir, paraît-il, aucune flèche n’ayant été mortelle), un must de l’imagerie catholique, et un thème de choix pour les artistes désireux de sublimer la plastique masculine.
In fine, Sébastien, voluptueusement percé de dards, a fait bander beaucoup d’arcs.

maniaco-deprebis.com
Par Eric Draven | mercredi, juillet 1 2009

Réalisé en 1976 par Derek Jarman, Sebastiane provoqua un énorme scandale lors de sa sortie et fit l’effet d’une bombe non par pas le scabreux des images mais du propos lui même. Libre adaptation du célèbre martyr St Sebastian,  Jarman y mélange en effet religion chrétienne et homosexualité et fait de son film une véritable fable homo-érotique fantastique à la limite du surréalisme, une sorte de rêve aux relents sado-masochistes, une fantasmagorie païenne où le réalisateur déploie toute une imagerie homo-érotisante absolument renversante.
Sebastiane s’ouvre justement sur une étonnante fête païenne vouée au Soleil qui n’est pas sans rappeler les délires hystériques de Ken Russel dans Les diables sur lequel Jarman fut le directeur artistique et l’univers monstrueux du Satyricon de Fellini. Des danseurs outrageusement maquillés et affublés de pénis géants dansent en transe jusqu’à l’apothéose de ce carnaval endiablé: une éjaculation faciale sur le maitre de cérémonie avant la mise à mort d’un jeune page accusé d’homosexualité, la gorge arrachée à pleine dents.
Le jeune Sebastiane, chrétien convaincu, favori de l’empereur et chef de la garde prétorienne, ayant pris sa défense se voit déchu et envoyé en plein désert en compagnie d’autres soldats sous la houlette de Severus, un centurion cruel qui va s’éprendre de Sebastiane.
Sublimé par une magnifique photographie, ce désert aride fait de rocs et de sable bordé par la mer et quelques lagunes cristallines, donne au film une aura surréaliste, intemporelle, fascinante. C’est dans ce décor idyllique qu’on assiste au long calvaire de Sebastiane qui refuse non seulement toute forme de violence mais également les plaisirs homosexuels. Il repousse ainsi les avances de Severus qui n’a d’yeux que pour lui, clamant sa foi au Christ. Vivant nus, livrés à leurs désirs sexuels qu’ils ne peuvent contenir dans un univers propice à tous les jeux d’où toute femme ou putain est absente, ces soldats se laissent aller aux joies des amours homosexuelles magnifiquement incarnées par la passion torride qui lie Anthony et Adrian qui s’ébattent dans les flots de la lagune sous l’oeil envieux de Severus.
Longs et langoureux ralentis sur les corps fiévreux et ruisselants qui s’enlacent, s’ébrouent, s’aiment, plongent dans l’onde pure qui éclabousse en milles goutelettes, Jarman a ici recours à une homo-érotisation foudroyante aussi puissante que lors de la longue séquence où Sebastiane se lave au puits. La caméra lèche et caresse avec amour chacune de ses courbes, sublimant la beauté de la nudité masculine tandis que l’eau coule et ruisselle le long de son corps.
Sebastiane lors de ces moments d’une intensité érotique étonnante se transforme en une sorte de songe érotique puissant appuyé par une très belle et lancinante partition musicale signée Brian Eno qui achèvera d’enflammer les sens du spectateur.
Risée de ses compagnons, Sebastiane devant son obstination et sa fidélité à Dieu va alors devenir un martyr. Ne pouvant plus contenir son attirance pour le jeune homme qui l’obsède, Severus le torturera jusqu’à ce qu’il lui cède.
Au delà des relations dominant / dominé s’instaure entre Sebastiane et Severus un étrange jeu de plaisir et de douleur, de désir et de luxure, un rapport de force entre amour et haine, folie et obsession. Si Sebastiane est tenté à se laisser aller, sa foi est pourtant plus forte et son combat s’en trouve encore plus dur puisqu’il doit désormais lutter contre cette attirance insidieuse et ce désir interdit.
Severus quant à lui est incapable de montrer ses sentiments par l’amour, il le fait donc à travers la souffrance et la violence condamnant Sebastiane au supplice ultime, la crucifixion. Monté sur la croix, il sera transpercé de flèches jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Sebastiane est un conte gay fébrile et fiévreux, hallucinogène, irréel et mystérieux noyé dans une poésie homo-érotique et sado-masochiste toujours de bon aloi puisqu’il n’y a aucune scène de sexe explicite. Si le sujet s’y prêtait, Jarman les a évité pour mieux s’intéresser à la puissance évocatrice des images et une érotisation tout en poésie de son histoire.
Plus étranges sont les dialogues ésotériques déclamés en latin comme des poèmes. Voilà qui est rarissime voire unique dans les annales du cinéma puisque Sebastiane semble être le seul film a avoir été totalement tourné en latin mais bien heureusement sous titré en anglais.
La musique planante achève de donner au film cette aura de mystère tout en renforçant son coté hallucinogène. Cette magnifique partition trouvera toute sa force lors de la scène finale où la caméra à travers une lentille déformante remplace de l’oeil de Sebastiane qui regarde ses juges et bourreaux alors qu’il agonise sur la croix.
Sebastiane est une simple fable qui ne cherche à dissimuler aucun discours social précis ni message sous-jacent. Il ne faut y voir qu’un conte hérétique sur la religion et l’homosexualité, le retour de l’homme à ses instincts et pulsions primaires lorsqu’il est mis dans un contexte isolé et brutal uniquement régi par le sexe et la religion.
Tourné en Israël, Sebastiane tomba jadis dans l’oubli général, grave erreur aujourd’hui réparée grâce à son premier passage télévisé sur les chaines britanniques à la fin des années 90 lors duquel il provoqua une vague de scandale pour son contenu homo-érotique et sa sortie en DVD qui permettra à l’amateur de le (re)découvrir et l’apprécier à sa juste valeur.

 


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