Les longs-métrages > Thé et sympathie (Tea and Sympathy)

Thé et sympathie
  • Réalisé par : Vincente Minelli
  • Avec : Deborah Kerr, John Kerr, Leif Erickson, Darryl Hickman, Edward Andrews
  • USA / 1956 / Comédie dramatique / Anglais sous titré français / 122min
  • Produit par : MGM
  • Vendredi 29 novembre 2013 à 20h00 à la Cinémathèque de Saint-Etienne

 Vendredi 29 novembre 2013 à 16h30

L’homosexualité au cinéma, conférence de Didier Roth-Bettoni (journaliste et critique de cinéma)

à 17h30 Projection du film

> La fiche complète du film en pdf

Synopsis : Au cours d’une réunion d’anciens élèves, Tom Lee, un écrivain, se souvient de son adolescence. Plus jeune, il était marginalisé par ses camarades qui le surnommaient « la sœur », en raison de son goût pour la littérature et les arts. Soupçonné d’homosexualité dans ce milieu machiste, c’est la femme d’un professeur, Laura Reynolds, qui l’éveille à la sexualité. Un vrai dialogue s’installe entre eux, et Laura aide Tom à assumer sa véritable personnalité, empreinte de sensualité et de raffinement.

L’homosexualité était un sujet tabou à Hollywood dans les années 1950, et le scénariste du film, Robert Anderson, a relevé un véritable défi en adaptant cette pièce de Broadway. Deborah et John Kerr ont repris leurs rôles au théâtre, dans une interprétation juste et poignante.

Vincente Minelli
Vincente Minnelli naît dans une famille de gens du spectacle. C’est grâce à cet environnement que le jeune Vincente entre dans le monde du spectacle dès l’âge de trois ans. Montrant un certain talent pour le dessin, il commence sa carrière comme dessinateur de costumes et décorateur, et, aborde lamise en scène en tant qu’assistant. Nommé directeur artistique du Radio City Music Hall à New York en 1933, il fit ses débuts à Broadway, montant entre autres le spectacle Ziegfeld Follies.
Au début des années 1940, Arthur Freed lui propose de le rejoindre à la MGM. Minnelli trouve alors ternes et statiques les mises en scène hollywoodiennes et entreprend de rendre dans ses films l’atmosphère des artistes qui l’avaient touché, les fauves, les impressionnistes et les surréalistes. Les films de Minnelli sont hauts en couleurs et son habileté à mêler plusieurs styles le rend célèbre.
Il met en scène de nombreuses comédies musicales, réputées pour leurs scènes oniriques et l’intégration de scènes de ballet ou de chansons en osmose avec le déroulement de l’histoire.
Vincente Minnelli se marie quatre fois, notamment avec Judy Garland (de 1945 à 1951) avec laquelle il a une fille, Liza Minnelli.
Il écrit ses mémoires, Tous en scène (I Remember it Well) dont le titre anglais est une référence à une chanson de Gigi, et le titre français celui de l’un de ses grands succès, Tous en scène (The Band Wagon), comédie musicale sur le thème de l’entertainement (distraction, spectacle) hollywoodien et la vie de scène.

 

« Thé et sympathie » : être différent, un tourment dans l’Amérique des fifties
par Thomas Sotinel – Critique 20 septembre 2011

Voici un titre réconfortant qui dissimule une plongée en enfer. Thé et sympathie, réalisé par Vincente Minnelli en 1956, est un long retour en arrière, par lequel un homme élégant et sûr de lui plonge délibérément dans un passé de souffrance et d’incertitude.
Tom Lee (John Kerr), que l’on découvre lors d’une réunion d’anciens élèves, se souvient du temps où il était le souffre-douleur de ses camarades, son goût pour la couture et son jeu de tennis tout en balles coupées suscitant la dérision (et, au fond, l’inquiétude) de ses camarades plus doués pour la consommation de bière et le football.
On reconnaîtra dans cette inadéquation entre le personnage central et le monde tel qu’il est un des thèmes favoris de 

Vincente Minnelli, qu’il ait mis en scène un peintre vacillant au bord de la folie (La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, en 1956) ou un séduisant New-Yorkais envoûté par un village écossais (Brigadoon, 1954). L’art et la magie restant hors d’atteinte pour lui, la frustration et la douleur qu’éprouve Tom Lee ne trouvent pas d’exutoire. Il doit endurer la persécution de ses pairs et ne peut envisager d’autre vie que celle qu’ils veulent lui imposer puisque sa condition n’a pas d’existence officielle.
Réalisé avant que le système de censure régi par le code Hays ne s’effondre, Thé et sympathie évoque l’homosexualité de son personnage principal sans jamais la nommer. Il essaie de marcher comme un homme, sur les instructions du seul de ses condisciples à lui montrer un peu de considération. Ses efforts restent vains, ne servent qu’à montrer tout ce qui le sépare de l’idéal masculin américain dont Vincente Minnelli trace un portrait empreint d’une perplexité amusée, jamais condescendante.

Intérêt historique
Tom Lee ne trouve de réconfort qu’auprès de Laura Reynolds (Deborah Kerr), l’épouse du coach qui lui offre donc infusions et effusions. Intellectuelle, hypersensible, Laura Reynolds est aussi inadaptée que son protégé à la vie communautaire. Deborah Kerr trouve là un rôle à sa mesure, tout en pulsions réprimées, pendant que Leif Erickson, qui incarne son mari, fait l’étonnant portrait d’un homme qui préfère démontrer sa virilité à ses élèves plutôt qu’à son épouse.

Le scénario que Robert Anderson a tiré de sa propre pièce mêle une franchise alors toute nouvelle à Hollywood aux ruines encore imposantes du puritanisme hollywoodien. L’homosexualité de Tom Lee reste un tabou assez fort pour que le récit, après l’avoir prise en compte, la traite comme quantité négligeable.

Cette place singulière dans la chronologie de la libération des moeurs outre-Atlantique confère son intérêt historique à Thé et sympathie. Son intérêt artistique tient à la virtuosité avec laquelle Vincente Minnelli se joue des contraintes dramatiques et morales. Le rythme théâtral, avec ses morceaux de bravoure et ses grandes scènes, s’assouplit au fil de séquences qui échappent au huis clos scolaire, que ce soit au bord de la mer, sur un parcours de golf, ou dans les bas-fonds.
Les personnages acquièrent une complexité qui rend leur tourment immédiatement perceptible. C’est à leur sort que Minnelli s’intéresse, plutôt qu’au problème de société, et le metteur en scène n’hésite pas à s’abstraire des règles de la vraisemblance pour mener Tom Lee et Laura Reynolds au paradis terrestre le temps d’une séquence féerique.


Laisser un commentaire